Les hyènes préfèrent la guerre à la paix

Comment régler les conflits ? Un lion conciliant en fit l’expérience, à ses dépens. Parfois, par habitude l’on préfère la guerre à la paix. Un bien étrange choix….

Les hyènes aiment bien se chamailler

Chez les hyènes, on aime se chamailler. C’était un matin indéfini, en une saison indéfinie,

Un petit groupe de hyènes ne cessait de s’entre-déchirer. L’une crie à l’autre : «Tu fais pipi n’importe ou, il n’y a pas un endroit dans mon dortoir ou l’on puisse dormir sans tes odeurs !»
Une autre à la première, toujours sur le même ton : «Et toi alors, si tu cessais de crier à tout va à la lune noire, on dormirait mieux, et on aurait moins envie de faire sur ta famille !»
Une troisième à la deuxième : «Ça alors, c’est gonflé ! Qui qui bouscule tout le temps les petits comme s’ils n’existaient pas ? on en a assez de toi !»
Mais la toute première également a son mot à cracher : «Moi j’en ai assez de toi et de toi ! Vous ne partez jamais à la chasse ! et vous vous plaignez toujours de jamais rien avoir à manger ! »
Une autre encore s’adjoint au conflit : «Alors ça c’est la meilleure ! Tu nous livres bataille tout le temps pour faire partie du groupe des chasseurs mais tout le monde sait que c’est pour avoir droit aux meilleurs morceaux et manger le plus !»

Et cela n’en finit pas. Ces animaux sont capables de créer ainsi des discordes impliquant des dizaines de communautés hyènes en même temps.

C’est du dialogue, me direz-vous ? Cela en serait certainement si l’on prenait le temps de s’écouter et surtout d’avoir envie de s’écouter.

Une bien étrange proposition

Mais ce matin-ci donc, un vieux lion d’humeur affligée passa par là.
«Veuillez m’excuser, Messieurs et mesdames. Je vous ai entendu au loin vous quereller, et je n’ai pas pu m’empêcher de venir voir d’où cela venait.» Il laissa passer un petit silence, bien agréable ma foi, puis il reprit : «J’ai quelque chose à vous proposer mes amies.» Les hyènes regardaient ce lion avec curiosité et étrangeté.
«Eh bien voilà. Je sais d’expérience qu’il n’est vraiment pas facile de mettre fin à toutes les souffrances que nous nous infligeons à cause des souffrances que nous subissons.»

Les yeux des hyènes sont tout écarquillés. Ce vieux lion bien élevé serait-il celui qui mettra fin à notre guerre interne, celle qui dure depuis cinquante générations ?
Il poursuivit : «Moi je souffre aussi de vous voir souffrir. C’est pourquoi je voudrais me rendre utile auprès de votre espèce. Je me propose de vous organiser ce soir une grande réunion de réconciliation. Tous ceux qui sont intéressés y viendront. Le jeu sera simple : chacun se montrera gentil avec les autres, et pour ce soir, personne n’aura le droit de parler des sujets qui fâchent. Excepté dans un seul cas, pour s’excuser sincèrement.»
Le lion termina son discours sur ces mots. Le groupe de hyènes rentra au logis dans le silence mais le cœur empli d’enthousiasme et d’espérance. Elles firent transmettre la nouvelle à toutes les hyènes de la plaine, en reprenant mot à mot ce qu’il avait dit, si bien qu’à midi, toute la plaine était au courant de l’invitation généreuse du lion.

La réponse des hyènes

Le soir venu, le Lion attendit cinq minutes, puis une heure, puis trois heures. Enfin il les entendit ! Les hyènes étaient là, à leur façon : dans la calme savane, tout d’un coup se souleva un immense brouhaha de plus en plus aigu, de plus en plus fort, de plus en plus découpé : les hyènes avaient recommencé à se chamailler et de plus belle, cette fois !
C’était leur réponse à l’invitation : désolé le lion, nous ne renonçons pas.

Alors le lion rentra chez lui, trainant la tête et les pieds, envahi d’un sentiment d’impuissance. Les hyènes ne désirent pas réellement un tel changement. Il faut croire qu’elles sont bien comme elles sont. Il faut croire qu’elles ne peuvent pas faire autrement. Car pour vouloir cesser réellement la guerre, encore faut-il préférer la paix.
Mais ce n’est pas le cas des hyènes. Chez elles, il y a toujours un combat plus juste que celui de la paix et du compromis.

Chez les hyènes, on aime se chamailler.

 Par Frédéric FAURE