Les guerriers de la paix des temps modernes

Fabrice Amadeo à l'arrivée de la course de voilier Vendée Globe le 18 février 2017

Fabrice Amadeo à l’arrivée de la course de voilier Vendée Globe le 18 février 2017

Dans un monde en transition, la jeunesse d’aujourd’hui doit relever de nouveaux défis, impensables pour les générations passées. Mais comme dans tous les moments périlleux, pour affronter la difficulté, il faut trouver des repères internes stables ainsi qu’une posture intérieure adéquate.

La violence ne pouvant assurer ni des victoires durables ni manifester l’expression de notre réelle humanité, les sagesses de tous les temps ont proposé à leur jeunesse la voie du guerrier de la paix (1). Celle-ci donne la priorité à l’être et à ses choix et non à l’avoir et à ses apparences.

Aujourd’hui, compte-tenu de la situation du monde, l’on pourrait croire que ces guerriers de la paix ne sont pas de ce monde. Mais en réalité, ils sont bien là.

Il y a deux ans, Fabrice Amedeo, journaliste d’actualités au Figaro décida de partir pour faire la course du Vendée Globe (2). Épuisé, affaibli mais heureux, il arriva à la 11e place sur 29 concurrents au départ. Contre toute attente, son rêve s’est réalisé et il est revenu transformé. « J’avais sous-estimé l’impact que cela peut avoir d’être seul face à soi-même dans l’adversité, dans des régions sauvages, dans des moments dangereux. Je reviens changé. »
Il reste humble mais pense que cette aventure lui a donné une force morale et une confiance dans la vie et dans le fait que tout ce qu’il va devoir affronter à terre va lui sembler assez facile comparé à toutes les choses si difficiles auxquelles il a dû faire face en solitaire. Solitude qu’il avoue avoir crainte et finalement apprivoisée. Il a compris l’importance de cette rencontre avec soi-même et les épreuves à vivre tout seul, qu’il continuera à assumer sur terre.
À la question « Qu’avez-vous appris sur vous-même ? », il avoue avoir découvert qu’il pouvait être quelqu’un de patient malgré l’impatience dont il faisait preuve sur terre.
« Concernant le dépassement de soi, j’imaginais que cela voulait dire aller plus haut que ce que l’on sait faire d’habitude. Et en fait, le dépassement de soi est infini. À chaque fois qu’il m’est arrivé quelque chose, j’ai été capable d’aller puiser dans de nouvelles réserves au niveau mental et je me suis rendu compte que les ressources de l’homme sont inépuisables ».

Bertrand Piccard est l’un des deux pilotes qui ont fait le tour du monde avec l’avion Solar Impulse, qui fonctionne à l’énergie solaire. Avec André Borschberg, (le cockpit n’ayant qu’une seule place), ils se sont relayés pour piloter pendant des périodes de 3 ou 4 jours sans faire d’escale. Le but de Solar Impulse était d’en faire le symbole de la réalisation de choses impossibles grâce aux énergies propres et d’encourager tout le monde à les utiliser. C’était une aventure complètement nouvelle que personne n’avait vécue et qui a obligé les deux pilotes à tout inventer. Interrogé récemment sur sa posture, il a dit : « Le monde a peur de réaliser ses rêves, réaliser ses visions, les gens apprennent à éviter les peurs, les angoisses, les doutes, c’est ça qu’il faut traverser pour accomplir ses rêves » (3). Dans son dernier livre Objectif soleil, l’aventure Solar Impulse (4), il explique comment réaliser ses rêves et pas seulement comment utiliser l’énergie solaire pour voler. Il insiste sur le fait qu’il faut montrer des solutions et non pas parler des problèmes parce qu’on les connaît ; plutôt donner l’état d’esprit qui permette de trouver des solutions.
Quand il était très jeune, il avait le vertige. « Et je me suis soigné en faisant du delta plane, du vol acrobatique ; il ne faut pas accepter les limites que nous met la vie, il faut essayer de se dépasser, de se remettre en question, de trouver des solutions, quel que soit le rêve que l’on a […]. Cela nécessite énormément d’engagement et un bon nombre de remises en question ».
Pour Bertrand Piccard, l’exploration est un état d’esprit qu’il faut adapter pour faire face à l’imprédictibilité de la vie.  Appelé le « savanturier », il explique comment chacun peut changer d’attitude face aux vents de la vie en lâchant le lest de ses certitudes, pour trouver de nouvelles façons de penser et d’agir. Sa formule de vie rejoint celle préconisée par les philosophes d’Orient et d’Occident :
« La performance et le succès nécessitent de sortir de sa zone de confort et d’utiliser les doutes et points d’interrogation pour stimuler sa créativité ».

Apprendre à croire en soi, passer une à une les étapes de son parcours intérieur en dévoilant peu à peu son potentiel est la seule voie opérationnelle pour découvrir la liberté de son propre destin.
Malgré les nouvelles mauvaises et moroses qui tombent tous les jours, des individus déterminés font émerger chaque jour des opportunités de construire un monde de paix, s’inscrivant dans le cadre et l’expérimentation de ce nouveau modèle de pensée.
Nos deux exemples nous le démontrent. C’est en se vainquant soi-même que l’on se libère pour construire un monde nouveau et meilleur. On peut devenir guerrier de la paix à tout âge.

Par Fernand Schwarz
Président de la Fédération Des Nouvelle Acropole
(1) Persée, le guerrier de la paix, Fernand SCHWARZ, Éditions Acropolis, 2016, 110 pages
(2) Course à la voile autour du monde, sans escale et sans assistance qui se déroule tous les quatre ans sur des voiliers monocoques. Départ et arrivée aux Sables d’Olonne en Vendée. La dernière en date a eu lieu le 6 novembre 2016. Arrivée du 1er bateau le 19 janvier 2017 (Armel Le Cléac’h. Record de 74 jours). Fabrice Amadéo est arrivé le 18 février 2017 après 103 j de navigation
(3) Extrait d’une interview diffusé au journal d’information de France 2 le 22 février 2017
(4) Extrait du livre de Bertrand PICCARD et André BORSCHBERG, Objectif soleil, l’aventure Solar Impulse, Éditions Stock, 2017, 400 pages