Les feux de la rampe de Charlie Chaplin

L’histoire parallèle d’un clown Calvero qui s’éteint et d’une jeune danseuse  montante, Terry, sous les feux de la rampe.

«Si l’on retrouvait dans cent ans Limelight (les feux de la rampe) et qu’on n’eût plus d’autres traces de Charlie Chaplin et de son oeuvre, il suffirait de ce visage, de la mélancolie profonde de ce regard, pour savoir que, par-delà la mort, un homme nous parle de lui-même, qu’il prend à témoin sa propre vie, parce qu’elle est aussi la vie, la nôtre» écrivit André Bazin.

L’histoire de Calvero, jadis clown célèbre qui sauva Terry et lui permit de devenir une grande danseuse, est celle d’un transfert, le plus beau que le cinéma nous ait proposé.

Feux de la rampe de Charlie Chaplin

Feux de la rampe de Charlie Chaplin

Ce film, sorti en 1952, n’a pas pris une ride en 2013, comme il n’aura pas une ride en 2113 et après. Ce vieux clown usé par le temps et l’alcool va s’éteindre tandis que la jeune danseuse s’élance vers les feux de la rampe. Limelight pose implicitement les rapports de l’homme et de son personnage ; une pathétique interrogation de Charlie Chaplin sur lui-même : que serait-il si la gloire de Charlot venait à l’abandonner, que serait-il, privé de son mythe et livré aux seules ressources de son métier avec les seules forces de la vieillesse… La déchéance de Calvero, la cruauté du public, le renoncement amoureux du vieux clown, sont l’ombre projetée derrière Chaplin par la lumière de sa gloire, de sa réussite tant professionnelle qu’amoureuse…

Le vrai sujet de ce film reste : Charlot peut-il mourir ? Charlot peut-il vieillir ? Limelight , c’est la mort de Molière. Pour les besoins de son film, Charlie Chaplin fit appel à Buster Keaton abandonné par Hollywood, et lui permit de jouer avec lui un sketch mémorable et sans paroles, qui reste lui aussi, un moment rare de l’histoire du cinéma. Notons également la participation de Claire Boom. Au niveau du travail sur le temps, ce film au rythme lent, fait pourtant totalement perdre la notion de la durée car la structure du film repose sur la durée musicale. La partition a été écrite avant la réalisation du film.

Avant la répétition de chaque scène, Charlie Chaplin s’en faisait jouer un extrait pour s’en pénétrer. La grandeur de Limelight est non seulement la tragédie de la vieillesse, mais aussi les rapports entre la valeur de l’artiste et la valeur du public qui regarde. Charlie Chaplin est le seul réalisateur qui a couvert un demi-siècle de l’histoire du cinéma en sachant s’adapter à l’évolution des techniques, inventer, innover et en avançant dans l’inconnu de cet art.

Par Lionel TARDIF

Mardi 8 octobre 2013 à 19 heures 30

Espace Daniel Sorano

16, rue Charles Pathé – 94300 Vincennes – Tél : 01 43 74 73 74 www.espacesorano.com