Les croix de bois

Croix de bois

Croix de bois

Un film racontant un épisode de la vie de poilus pendant la première guerre mondiale.

Ce film (1930-1932), réalisé par Raymond Bernard fait partie des oeuvres majeures du patrimoine cinématographique français. Il est placé sous le signe du souvenir.

Un étudiant, un ouvrier et un artisan sont emportés dans la grande tourmente de la guerre de 1914-1918. Un épisode terrible de la vie des poilus dans les tranchées en Champagne, près de Reims, puis au Fort de Pompelle et au Mont Cornillet. À l’arrière, l’État-major confortablement installé envoie au massacre des milliers d’hommes.

Les acteurs et figurants sont tous d’anciens combattants, élément qui renforce ce caractère commémoratif. Charles Vanel, un des acteurs dira : «nous n’avions pas besoin de jouer, nous n’avions qu’à nous souvenir.»

En accord avec Roland Dorgelès, le dialogue s’organise autour des accents régionaux et de leur argot pour renforcer la dimension documentaire du film. Le film comme le roman s’attachent à détruire le mythe de la fraternité née des tranchées. Les conflits ne sont plus des rivalités de coeur mais des conflits de classe. Une partie du monde ouvrier rejette la bourgeoisie. À ces rivalités se greffent les tensions entre parisiens et provinciaux. La France est loin d’être unie pour une soit disant liberté rabâchée par les politiques du moment. Aux conflits internes de cette microsociété s’ajoutent les rapports conflictuels entre hommes de troupe et officiers supérieurs. Le «mourir pour la Patrie» est clairement dénoncé. L’État-major qui envoie au massacre des milliers d’hommes pour quelques mètres de terrain, est accusé d’assassinat par l’un des protagonistes, Boufiaux. Aux responsabilités de l’institution militaire, les auteurs ont ajouté le fossé entre le front et l’arrière où domine la spéculation sur la mort (épisode de l’aubergiste pour qui les couronnes mortuaires rapportent plus que la conserve) et la frivolité, l’infidélité des femmes à la sortie de la messe. L’accumulation de ces éléments participe à la destruction sociale de la communauté.

La conduite de la hiérarchie militaire, son arrogance, contribuent à renforce la déshumanisation des combattants, et l’attitude de l’arrière le délabrement psychique du soldat. Dans Les Croix de Bois, les hommes ne meurent pas des suites d’actions héroïques, mais d’un développement de tendances suicidaires. Un autre protagoniste Bréval, cocufié par sa femme, perd tout instinct de conservation et meurt pour avoir tenté de rapporter de l’eau à ses hommes.

On ne sort pas indemne d’un tel film. Sa portée politique revêt un caractère exceptionnel, à la fois par le ton et les moyens mis à la disposition du réalisateur. Les Croix de Bois est devenu dès sa sortie le symbole du cinéma français des oeuvres engagées. Acteurs : Pierre Blanchar, Charles Vanel, Gabriel Gabrio, Antonin Artaud, Raymond Aimos, Raymond Cordy, d’après le roman de Roland Dorgelès.

par Lionel TARDIF

Mardi 18 novembre 2014 à 19 h

Espace Daniel Sorano 16, rue Charles Pathé – 94 300 Vincennes

Tel : 01 43 74 73 74 – www.espacesorano.com