Le sorgho rouge de Zhang YIMOU

 

 

Zhang Yimou est un cinéaste chinois de la 6e génération qui s’est rebellé contre l’emprise écrasante de ses aînés. Chen Kaige et lui-même ont participé en profondeur au renouveau du cinéma chinois prisonnier des dogmes communistes.

Le Sorgho rouge

Le Sorgho rouge

Le Sorgho rouge est le premier film de Zhang Yimou en qualité de réalisateur. Il fut d’abord chef opérateur du grand Chen Kaige. Lorsqu’il approcha Mo Yan, le prestigieux écrivain lui fit confiance et participa même à la première mouture du scénario. Le film de Zhang Yimou a quelque chose de tellurique qui exerce toujours une véritable force magnétique.

Adapté du livre de Mo Yan (Le Clan du Sorgho) prix Nobel, est dans son ensemble réaliste, mais Zhang Yimou l’emmène dans le registre mythique. Autour de lui tout ce que le cinéma chinois avait de meilleur contribua à la naissance d’un chef d’œuvre tant au niveau des images que de la musique. Quant à Gong li son héroïne, dont c’est le premier film il en fit la plus grande star du cinéma chinois.

Dans le Nord Est de la Chine en 1930 pendant l’occupation japonaise, la jeune Jiu Er se rend chez son futur époux Li, un vieil homme riche et lépreux. Son palanquin est attaqué par des brigands. L’un de ses porteurs Yu Zhanao la sauve et une véritable passion voit le jour entre eux. Quelque temps plus tard Li meurt et Jiu Er devient l’héritière de tous ses biens. La jeune veuve décide de reprendre sa distillerie d’alcool de sorgho. Jiu Er avait été troquée contre un mulet à un vieux lépreux comme cela se faisait encore en Chine.

À travers cette histoire, Zhang Yimou raconte la folle passion de ses grands­-parents en filigrane d’une adaptation littéraire. Le réalisateur fit semer pour les besoins de son film un champ de sorgho, car cette plante symbolise de par sa couleur, ce rouge que l’on retrouve partout dans le film. Le rouge symbole de vie et de mort, la vie engendrée du début, puis la vie détruite lorsque les japonais ordonnent de détruire le sorgho pour faire passer une voie ferrée. Le sorgho symbolise aussi la culture populaire, vivante, couleur traditionnelle du mariage, du yin et du yang, brutale du sang, nourrie d’instincts primaires, la force mâle, à l’opposé de la culture chinoise raffinée de l’élite des lettrés. Le film est une ode à la vitalité de cette culture dont les racines plongent dans la nuit des temps, et un hymne à la force créatrice qu’elle représente.

Le film prend par moments des aspects de cérémonie lyrique, onirique, mystique à laquelle le spectateur est amené à communier.
À sa sortie ce film eut un succès considérable en Chine. Zhang Yimou semblait retrouver les pulsions humaines de la Chine profonde, c’est à dire les joies du taoïsme populaire qui était imbriqué dans les qualités de la vie au sein de l’ordre confucéen.

Le film fut tourné en décors naturels à Zhenbeibao dans la province de Ningxia, ancienne capitale de l’empire Tangut des Xia de l’Ouest.

Avec ONG LI JIANG, WEN TENG RUJUN, JI CHUNCHUA
Images : GU CHANGWEI ; Musique : ZHAO JIPING
Par Lionel TARDIF