« Le Pérou avant les Incas », Les Moché, une culture très élaborée

Contrairement aux idées reçues, de grandes civilisations vécurent au Pérou avant les Incas. L’exposition du Musée du Quai Branly « Le Pérou avant les Incas » (1) fait une incursion dans ces royaumes de la côte nord péruvienne parmi lesquels se détache la très riche culture Moché dont nous déchiffrerons quelques-unes de ses figures symboliques.

Dans un premier article, nous nous attacherons d’abord à découvrir la civilisation des Moché, avant de présenter son univers symbolique dans un second article.

Les Moché, 800 ans d’histoire

La culture Moché ou Mochica s’est développée le long de la côte nord du Pérou entre le premier et le huitième siècle de notre ère. Son développement s’inscrit dans une longue tradition de sociétés complexes qui débute avec la culture cupisnique vers 800 av. J.-C. et se poursuit après elle avec les cultures lambayeque, huari et inca parmi d’autres. Leur apogée se situe autour du cinquième et sixième siècle de notre ère. Les Moché auraient occupé près de 500 km de littoral côtier, de la vallée de Piura tout au nord à la vallée de Huarmey tout au sud.
Leurs origines, leur histoire et la nature de leurs institutions politiques et religieuses demeurent le sujet de vifs débats.

Des ressources économiques importantes

Fresques murales Huacas de Moché qui compte en son sein le palais de Huaca del Sol et le temple de Huaca de la Luna.

Fresques murales Huacas de Moché qui compte en son sein le palais de Huaca del Sol et le temple de Huaca de la Luna.

À partir des abondantes ressources maritimes du Pacifique et d’un système d’irrigation sophistiqué ayant permis de mettre en culture de vastes étendues du désert côtier, les Moché ont prospéré et se sont donnés les moyens de développer ce qui semble être la société la plus élaborée du Pérou ancien de cette époque. La source de leur succès social est en large partie redevable à une économie agricole basée sur la culture de plusieurs plantes majeures — dont le maïs, la courge, la pomme de terre et le haricot — couplée aux abondantes protéines extraites de la mer ou obtenues par la chasse et l’élevage. L’exploitation attentive des ressources leurs permet de développer d’autres richesses culturelles dont une organisation sociale complexe, une architecture cérémonielle et un processus d’urbanisation élaborés.

On a découvert des tombes intactes de grands personnages.

On a découvert des tombes intactes de grands personnages.

Une société très élaborée

Des villages et des hameaux de pécheurs et d’agriculteurs occupaient le littoral et l’intérieur des vallées. Les larges centres cérémoniels étaient entourés de véritables villes où s’activaient toute sorte d’ouvriers et d’artisans qui fabriquaient des objets de qualité. Une classe dirigeante accompagnée de son entourage d’assistants de tous genres, des spécialistes rituels et des guerriers occupait également ces centres urbains. Ces élites ont fait construire des vastes temples et des palais de brique ornés de fresques murales comme ceux qu’on trouve dans le site Huacas de Moché qui compte en son sein le palais de Huaca del Sol et le temple de Huaca de la Luna.

On a découvert dans les dernières décennies des tombes intactes de grands personnages, comme le Seigneur de Sipan, la Dame de Cao, le Seigneur d’Ucupe, et la Dame de Chornancap.

On a découvert dans les dernières décennies des tombes intactes de grands personnages, comme le Seigneur de Sipan, la Dame de Cao, le Seigneur d’Ucupe, et la Dame de Chornancap.

On a découvert également dans les dernières décennies des tombes intactes de grands personnages, comme le Seigneur de Sipan (découvert en 1987), la Dame de Cao (en 1996), le Seigneur d’Ucupe (en 2005) et la Dame de Chornancap (en 2012)qui ont permis d’avancer dans la compréhension de cette civilisation.

La femme, un rôle de premier plan

Certaines femmes jouaient un rôle de premier plan au sein de la société mochica et lambayeque.

Certaines femmes jouaient un rôle de premier plan au sein de la société mochica et lambayeque.

À la lumière des dernières découvertes archéologiques, les chercheurs concluent que certaines femmes jouaient un rôle de premier plan au sein de la société mochica et lambayeque, assumant les fonctions de souveraine, de chef de guerre et même de prêtresse, brandissant la coupe en or destinée à recueillir le sang des victimes sacrificielles.

La complémentarité du masculin féminin dans le ciel, avec le Soleil et la Lune se traduit sur terre par la complémentarité entre homme et femme dans la dualité symbolique qui caractérise ces sociétés. Le souverain Inca incarne le dieu Soleil sur Terre comme la Coya, son épouse, la Lune. À l’un des attributs en or, à l’autre en argent.

Après avoir découvert une organisation sociale très structurée, nous aborderons dans un prochain article l’univers symbolique de la culture des Moché, très proches de la Nature, où les divinités et les espaces ont des fonctions précises et se complètent harmonieusement.

(1) : Du 14 novembre 2017 au 1 avril 2018
http://www.quaibranly.fr/fr/expositions-evenements/au-musee/expositions/details-de-levenement/e/le-perou-avant-les-incas-37626/
Voir le catalogue Le Pérou avant les Incas, sous la direction de Santiago Uceda Castillo et Luis Jaime Castillo, Ed Flammarion, 2017
Légende des photos
1. Carte de l’aire culturelle Mochica, côte Nord du Pérou
2. Le réalisme de l’art mochica. Cruche huaco-portrait mochica, IIIe au VIe siècle
3. Garde de 16 poissons chats sur fond noir qui encadrent un poulpe sur fond blanc. Les premiers symbolisent le combat et l’eau douce ; le deuxième, la mer salée et la capture et le sacrifice du guerrier vaincu. Fresque de la Huaca de la Luna dans la vallée de Moché, VIe siècle
4. Cérémonie du culte aux ancêtres réalisée annuellement dans la cours du palais de Chan Chan. Culture chimu tardif, 1300 à 1500
5. Les prêtresses mochica associées à la déesse Lune participent aux rites sacrificiels. Reconstitution de la Dame Cao avec ses habits funéraires et attributs de pouvoir, San José de Moro, 700 à 850 e notre ère.

 

Par Laura WINCKLER

  • Le 28 février 2018
  • Art