Le moi du jour et le moi de la nuit

Ce texte, lorsqu’il a été écrit, était destiné à un groupe d’élèves de 6e. Mais il s’adresse aussi à beaucoup d’autres…

Tout le monde rêve. Même s’il y a des gens qui se souviennent de leurs rêves… et d’autres qui les oublient. Mais… d’où viennent les rêves ? De notre monde intérieur.

Le moi du jour arpente la passerelle, la partie la plus élevée du bateau, donne des ordres et veille à la marche du navire.

Le moi du jour arpente la passerelle, la partie la plus élevée du bateau, donne des ordres et veille à la marche du navire.

Imagine un bateau qui navigue sur la mer. Son capitaine est un personnage double qui a deux visages. L’un devant, l’autre derrière la tête. Pendant la journée, le visage de derrière dort, ou du moins, il se tient tranquille et ne se fait guère remarquer. C’est l’autre qui est éveillé et qui s’active. Il arpente la passerelle, la partie la plus élevée du bateau, donne des ordres et veille à la marche du navire. Le soir, il s’endort.
C’est alors que l’autre se réveille. Son domaine à lui, ce sont les ponts inférieurs, c’est-à-dire les étages intérieurs, la cale qui n’a pas de secret pour lui. C’est aussi la mer, dans laquelle il peut plonger aussi profond qu’il le désire et qu’il peut sillonner à volonté. C’est enfin le ciel qu’il peut aussi parcourir à son gré.

Et le capitaine, c’est nous.…

Nous avons un moi du jour et un moi de la nuit

Quand le moi que nous connaissons, celui du jour, dort, parce qu’il a besoin de repos, le moi de la nuit, qui est resté discret pendant la journée, prend les commandes. C’est lui qui est à l’origine de nos rêves. Il règne sur un monde extraordinaire, très différent de celui de la vie éveillée, plein de richesses prodigieuses et de merveilles innombrables, dans lesquelles il peut puiser à volonté, et dont il est tout prêt à nous faire profiter si nous le laissons nous parler.

Nous, c’est le moi du jour, celui qui est à la barre quand nous sommes réveillés.

Chaque nuit, alors que nous sommes bien au chaud, dans notre lit, le moi de la nuit nous propose un spectacle à domicile, gratuit, créé spécialement à notre intention. Ce serait bête de ne pas en profiter, non ?

Pourtant les rêves, on n’y comprend rien.

On a du mal à les comprendre. Mais cela ne veut pas dire qu’ils n’ont pas de sens. C’est comme si un français, en entendant parler une langue étrangère qu’il ne connaît pas, disait : « C’est idiot ! ça ne veut rien dire ! ». Le moi du rêve parle une autre langue que le moi éveillé. Il parle par images. Quand nous parlons, les mots s’enchaînent pour faire des phrases. Quand nous rêvons, les images s’enchaînent pour nous faire voir un tableau ou un film.
Cependant, les images du rêve sont parfois étranges ou cocasses : j’ai rêvé une fois de crabes en métal argenté.
Et moi, j’ai rêvé que ma main droite était d’un vert phosphorescent.

On fait, en rêve, des choses extraordinaires et tout à fait invraisemblables. Dans un autre rêve, je marche sur une route. Une voiture arrive en face de moi et me dérange. Je l’écarte d’un revers de la main. Elle quitte la route et tombe dans le ravin.

Dans les rêves, on a des pouvoirs magiques comme dans les contes.

Dans les rêves, on a des pouvoirs magiques comme dans les contes.

Il est vrai qu’en rêve, on n’a rien à envier à Superman ni à aucun super héros. On a des pouvoirs magiques comme dans les contes.

Quand on parle en rêve, on dit souvent des choses étonnantes. Dans un rêve, je vois un fer qui repasse. Et j’entends la phrase suivante : « Sans forcer la table, une interprétation sans ride. » Et, dans le rêve, je comprenais cette phrase, alors que dans la vie courante, elles est absurde et n’a pas de sens.

Et les images se succèdent souvent de façon incohérente, car le rêve n’a aucun goût pour la logique ; ce qui est logique et ce qui est vraisemblable intéresse le moi de la journée, pas le moi du rêve. Ainsi, je rêve que je suis dans la maison de mes parents. Soudain, je me retrouve dans un jardin inconnu avec des gens différents, puis de nouveau dans la maison, sans transition et sans explication.

Dans les films aussi, il arrive qu’on passe d’une scène à l’autre sans transition.

Que faire quand on ne se rappelle pas ses rêves ?

Eh bien, d’abord, une remarque importante : si tu trouves les rêves stupides, absurdes et sans intérêt, tu ne t’en souviendras pas. Car nous ne nous rappelons que ce qui nous intéresse, ce qui est pour nous important. Par contre, si tu as envie de rêver, si tu t’intéresses à tes rêves, si tu aimes rêver, si les rêves sont pour toi comme des fêtes auxquelles tu es invité chaque nuit, tu t’en souviendras. Peut-être pas dès le premier jour mais au bout de quelque temps.

Et maintenant, quelques conseils pratiques. Le soir, avant de t’endormir, pense : « Cette nuit, je vais rêver. Et demain matin, je me rappellerai mon rêve. » Pour faire des rêves agréables, toujours avant de t’endormir, visualise des choses plaisantes, auxquelles tu aimerais rêver. Sans te concentrer trop fort, car tu risquerais d’avoir du mal à t’endormir.  Essaie de bien te détendre. Tu peux aussi écouter un peu de musique douce et paisible –ni bruyante, ni excitante, ni énervante.
Quand tu te réveilles, quand le moi du jour n’est pas encore complètement sorti du sommeil, avant d’ouvrir les yeux et de bouger, pense aux dernières images de ton rêve ou demande-toi : « À quoi ai-je rêvé ? » Prends le temps de revivre ton rêve. Ne t’inquiète pas si tu n’y arrives pas les premières fois. Prends patience. Une fois levé, raconte ton rêve à quelqu’un, en attendant le moins longtemps possible. Tu peux aussi l’enregistrer ou l’écrire.

Et surtout, si tu fais un cauchemar, raconte-le à quelqu’un ou dessine-le. Cela peut t’aider à le faire moins souvent s’il revient régulièrement, à le rendre moins effrayant, peut-être à ne plus le faire. Même lorsqu’il t’envoie un cauchemar, le moi de la nuit le fait pour t’aider. Nous avons tous des peurs enfouies en nous, enfermées comme la vapeur dans une cocotte minute : si on soulève la soupape, la vapeur s’échappe et la pression à l’intérieur redevient normale. Dans un cauchemar, la vapeur qui se disperse, c’est la peur que nous éprouvons et qui nous quitte.

N’oublie pas : la personne que le moi de la nuit aime le plus au monde, c’est toi.
Fais de beaux rêves !

Par Marie-Françoise TOURET