Le guerrier de la paix, répondre à un appel

 

Dans un premier article (1), nous avons découvert le combat intérieur mené par le guerrier de la paix pour s’améliorer et faire émerger le meilleur de lui-même. Répondant à l’appel d’un destin peut-il faire partager cette quête à d’autres pour œuvrer à une civilisation plus humaine et ainsi entrer dans l’histoire ?

Pour faire face à l'épreuve, le guerrier pacifique a besoin d'armes.

Pour faire face à l’épreuve, le guerrier pacifique a besoin d’armes.

La voie du guerrier de la paix est la voie qu’a choisi de développer Fernand Schwarz, philosophe, anthropologue, auteur de nombreux ouvrages de philosophie et de symbolisme dans les anciennes civilisations, dans son dernier ouvrage Persée, le guerrier de la Paix (2). Selon lui, cette voie héroïque, qui vient du fond des âges est la seule qui puisse lutter contre la violence, l’égoïsme et l’individualisme et permettre à l’homme de créer une nouvelle civilisation, respectueuse de la nature et des hommes, fondée sur des valeurs citoyennes, solidaires et altruistes. Elle est basée sur le combat contre soi-même afin de se transformer pour agir sur l’environnement et le monde.
Des épreuves se présentent au guerrier de la paix. Comment les aborder ?

Victime ou responsable de son destin ?

Face aux épreuves de la vie, quotidiennes ou exceptionnelles, nous pouvons y répondre de deux façons : les subir ou les assumer.

Le guerrier de la paix ne subit pas les évènements ni les circonstances et ne se présente pas non plus en victime. Les épreuves sont pour lui l’occasion d’agir ; elles lui offrent l’opportunité de les assumer ou de les dépasser pour progresser dans sa quête de lui-même.
Assumer les épreuves, signifie donc pour le guerrier de la paix se prendre en main, devenir l’acteur de sa vie et être responsable de son destin. Sait-il où il va ? Pas toujours. Connaît-il les épreuves qui l’attendent ? Pas forcement. Et les épreuves ne sont pas nécessairement là où il les attend. Elles peuvent se cacher dans des petites choses quotidiennes (le désordre, la mauvaise gestion du temps, l’inertie, le manque d’initiative, la paresse, les émotions qui submergent, les formes mentales négatives, les idées circulaires, l’impulsivité, la violence…).

Les ressources du guerrier de la paix

Comment faire face à l’épreuve ? En premier lieu, il faut des armes.
Les armes pour le combat intérieur sont la persévérance, la vigilance, la tempérance, le courage et la prudence. Les armes internes sont des qualités d’ordre moral pour tenir dans le combat (3).
Ensuite, le guerrier de la paix développe son imaginaire pour se voir autre, plus grand qu’il n’est et pour visualiser la réussite de son entreprise. Enfin, il se décide et ose faire le premier pas. C’est le début du voyage…
Parfois les épreuves peuvent être plus importantes que qu’il pensait, et les armes dont il dispose se révéler insuffisantes. Il doit apprendre à tomber et à se relever. À tomber encore et encore, et à se relever … en développant la patience… jusqu’à ce qu’un jour…la chute et l’échec cèdent la place au succès.

Répondre à l’appel de son destin, agir par altruisme

Le guerrier de la paix répond à un appel, celui de son âme ou de son destin.

Le guerrier de la paix répond à un appel, celui de son âme ou de son destin.

Le guerrier de la paix répond à un appel, celui de son âme ou de son destin. Il sent la nécessité impérieuse de quitter sa condition pour se mettre au service d’une cause élevée, d’un idéal noble et transcendant, et de valeurs altruistes.
Les dernières recherches anthropologiques confirment que depuis les temps les plus reculés, l’être humain a pratiqué la solidarité, l’altruisme et la compassion. L’amour altruiste crée en nous un espace positif dans lequel l’individu cherche le bien de l’autre ou mieux, celui de la collectivité.
Mais, avec le temps, nous nous sommes éloignés des rapports sociaux favorisant nos relations altruistes. Par exemple, le besoin de reconnaissance, désormais associé à un mode de vie compétitif et individualiste, a renforcé la compétition et le mal être au lieu de favoriser l’altruisme. (4).
L’amour altruiste permet de dissoudre l’égocentrisme ainsi que les germes de la violence qui sont en nous, en cultivant la compréhension de l’autre et le refus du comportement instinctif.

Libérer les autres

À l’instar du prisonnier du mythe de la caverne de Platon, qui sort de sa caverne (se libérer de l’illusion, de l’ignorance, voir au-delà des apparences, des préjugés, des fausses idées, chercher la vérité… (5)) pour voir la réalité et découvrir la vérité, le guerrier de la paix, comme le héros des contes et le philosophe, après avoir mené sa quête et remporté ses épreuves, revient dans son village natal pour mettre son expérience au profit des membres de sa communauté. Il peut aider les autres à se libérer de leurs chaînes, à connaître le même type de bonheur que lui et à vivre des expériences semblables.

Construire une nouvelle civilisation

Dans Citadelle, Saint-Exupéry explique que la civilisation, avant de se construire, s’imagine d’abord dans l’esprit et le cœur de l’homme, comme un état de conscience qui permet de capter et de vivre un idéal supérieur qui transcende l’égoïsme de chacun. « […] Si tu veux construire un bateau, fais naître dans le cœur de tes hommes et femmes le désir de la mer » (6).

Le héros, fils du Ciel et de la Terre

En Grèce, le héros est fils du Ciel et de la Terre. Il nait de l’union d’un dieu ou une déesse avec une mortelle ou un mortel. Sa part céleste est immortelle et sa part terrestre mortelle. Il réunit en lui le monde des archétypes ou idéaux qui ne meurent jamais et la nature physique temporelle et périssable.
Le guerrier pacifique, comme le héros, cherche à unir le Ciel et la Terre, à mettre sa personnalité temporelle au service de son âme immortelle.
Carol S. Pearson (7) explique que la quête du héros est à la fois un enracinement dans les principes éternels de l’existence (qui se reflètent dans les archétypes, mythes et contes) et un combat qui se déroule ici et maintenant, dans le présent de chacun.

Ainsi, le guerrier de la paix se cache-t-il en chacun de nous, hommes et femmes ordinaires et extraordinaires.
Aujourd’hui, il est urgent qu’il se réveille et se transforme pour transformer le monde en un lieu plus humain, plus habitable pour les humanités à venir.

Un troisième article décrira le voyage du héros et la rencontre des neuf archétypes de sa transformation.

 

 (1) Lire l’article Le guerrier de la paix, la quête du héros ou le combat contre soi-même dans revue Acropolis n°283 (mars 2017)
(2) Persée le Guerrier de la Paix, Fernand SCHWARZ, 2016, Éditions Acropolis
(3) Ibidem, page 87
(4) Ibidem, page 23
(5) Lire article paru dans Hors-série n° 5, (Voyage au cœur de la lumière, des mythes à la science), Le mythe de la caverne, de l’obscurité à la lumière, par Marie-Agnès Lambert page 17
(6) Citadelle, Antoine de Saint-Exupéry, Éditions Gallimard, 1948
(7) Auteure et éducatrice, née en 1944. Spécialiste des mythes, auteur de Le héros intérieur et les six archétypes qui régissent notre vie, Éditions de Mortagne, 1992, 266 pages

Mythe de Persée

Persée combattit les Gorgones et Méduse dont il coupa la tête.

Persée combattit les Gorgones et Méduse dont il coupa la tête.

Averti par un oracle que son petit-fils le tuerait, Acrisios, roi d’Argos emprisonna sa fille Danaé. Celle-ci fut séduite par Zeus qui se transforma en pluie d’or et la féconda. À la naissance de Persée, son fils, Danaé et ce dernier furent emprisonnés dans un coffre et jetés dans les flots. Ils dérivèrent jusqu’à l’île de Sériphos, où un pécheur les recueillit et éleva Persée comme son fils. Polydecte, roi de Sériphos haïssait Persée en raison de l’amour que Persée vouait à sa mère. De plus, il voulait prendre Danaé pour femme. Il chercha donc à éloigner Persée. Devenu Adulte, Persée se vit confier par Polydecte, la mission de tuer les Gorgones et Méduse, dont le regard pétrifiait toux ceux qui la regardaient. C’était une épreuve dont personne jusqu’à présent n’était revenu vivant. Grâce aux armes magiques fournies par Hermès et Athéna, Persée tua Méduse et ramena sa tête. Sur le chemin du retour, en Éthiopie, il rencontra la princesse Andromède, condamnée à être livrée à un monstre marin — sa mère Cassiopée s’étant vantée d’être plus belle que toutes les filles de Nérée —. Persée la délivra et l’épousa. De retour à Sériphos, Persée se vengea de Polydecte qui avait tenté de violer sa mère. Il lui présenta la tête de Méduse et Polydecte fut terrassé. Persée rejoignit ensuite sa patrie, Argos, qu’Acrisios avait fui, ayant peur que l’oracle ne se réalisât. À Larissa, le roi de la cité organisa des jeux auxquels Persée participa. Accidentellement, en lançant le disque, il tua Acrisios, qui assistait aux épreuves en tant que spectateur. Rempli de douleur par cette fatalité, Persée renonça au trône d’Argos et l’échangea avec celui de Tirynthe où il régna avec Andromède. Ils eurent plusieurs enfants dont un fils qui engendrera Hercule, le demi-dieu. Persée donna l’île de Sériphos au pêcheur qui l’avait élevé.
Il semble que le mythe de Persée ait influencé les légendes chrétiennes (Saint Georges combattant le dragon) ou encore les contes traditionnels.

Par Marie-Agnès LAMBERT