Le guerrier de la paix, la quête du héros, le combat contre soi-même

 

Aujourd’hui, face aux bouleversements, vécus partout dans le monde, il existe plusieurs façons de réagir. L’une d’entre elles, la voie du guerrier de la paix, est une voie très ancienne qui semble la meilleure transition pour dépasser la violence et l’égoïsme et construire une nouvelle civilisation, fondée sur des valeurs de solidarité et d’altruisme.

Ce dossier se divise en trois articles : dans un premier article, nous étudierons le concept du guerrier de la paix. Dans un deuxième volet, nous verrons quelle est la finalité du guerrier de la paix. Dans le dernier article, nous parcourrons les étapes du voyage du héros.

Le guerrier de la Paix, Fernand Schwarz, Éditions Acropolis, 2016

Le guerrier de la Paix, Fernand Schwarz, Éditions Acropolis, 2016.

Crises économiques, financières et sociales, course effrénée à la consommation, guerres, terrorisme, réchauffement climatique, raréfaction de certaines denrées alimentaires et de l’eau, augmentation de la précarité et de la pauvreté, exode forcée des populations… La liste est longue et selon les experts, l’avenir de la planète, semble sombre, et l’effondrement des sociétés proche, tellement il est exponentiel… (1).

Face à ce constat pessimiste, différentes attitudes sont possibles : nous pouvons continuer à vivre en toute indifférence, comme si les crises ne nous concernaient pas. Nous pouvons baisser les bras en nous déclarant impuissants et subir en attendant la fin, ou que quelque chose d’extérieur vienne sauver la situation. Nous pouvons nous contenter de nous révolter sans rien faire. Nous pouvons nous retrousser les manches et entreprendre des actions locales pour recréer une société solidaire, développer l’autonomie et réduire l’empreinte énergétique…
Il existe une autre voie : la voie du guerrier de la paix. C’est la voie qu’a choisi de développer Fernand Schwarz, philosophe, anthropologue, auteur de nombreux ouvrages de philosophie et de symbolisme des anciennes civilisations, dans son dernier ouvrage Persée, le guerrier de la Paix (2). Selon lui, cette voie héroïque, qui vient du fond des âges est la seule qui puisse lutter contre la violence, l’égoïsme et l’individualisme et permette à l’homme de créer une nouvelle civilisation, respectueuse de la nature et des hommes, fondée sur des valeurs citoyennes, solidaires et altruistes.

Le livre Persée, le guerrier de la paix a été conçu pour des jeunes en quête d’aventure et de confrontation à eux-mêmes, souhaitant trouver un sens à leur vie dans un monde qui n’en a plus. Mais il s’adresse également à tous ceux dont le héros sommeille en eux, qui sont en quête de devenir et/ou qui souhaiteraient répondre à l’appel de leur destin.

Gérer les contradictions

Dans l’intitulé du concept guerrier de la paix, le ton est donné : gérer la contradiction.
Comment concilier la notion de guerrier qui implique le combat, l’affrontement et celui de paix qui est son contraire ?
En réalité, le guerrier de la paix ne se bat pas contre les autres mais contre lui-même. Il lutte contre sa nature imparfaite et ses auto-limitations, pour exprimer son véritable être.
« Si nous sommes motivés pour exprimer notre vraie nature d’être, nous pratiquerons ce nouvel art de vivre, conduisant chacun au guerrier victorieux de soi-même » (3), écrit Fernand Schwarz.

Pourquoi combattre ses propres imperfections ? Les raisons sont nombreuses : changer de mauvaises habitudes en habitudes plus adéquates (4) ; lutter contre ses défauts et ses mauvais penchants (colère, orgueil, susceptibilité, intolérance, petitesse, formes mentales erronées, esprit de calcul, égoïsme, peur…) ; dépasser ses auto-limitations (je ne suis pas à la hauteur, je ne suis pas assez fort, je ne suis pas compétent, je n’ai pas de moyens…) ; se voir plus grand que l’on est ; développer des ressources latentes en soi ;  devenir qui l’on est  ; exprimer le meilleur de soi-même…
En synthèse, il faut d’abord se transformer soi-même avant de transformer le monde. « Sois le changement que tu veux voir dans le monde » a dit Mahatma Gandhi.

Réveiller le héros qui sommeille en soi

Le guerrier de la paix est en relation avec le héros, celui qui entreprend un voyage initiatique, une quête jalonnée d’épreuves.
Comme dans le Mythe de Persée (5) et dans les contes, le guerrier de la paix (héros) s’exile et entreprend un voyage, qui va le conduire à vivre des épreuves et à se dépasser, en trouvant des ressources personnelles en lui-même et autour de lui. « L’homme se découvre quand il se mesure à l’obstacle » dit Antoine de Saint-Exupéry. C’est une quête où l’on est seul face à soi-même.
« Abandonne ta vie, si tu veux vivre » dit La Voix du Silence (6).
Il s’agit de sortir de son confort pour réveiller le héros qui est en soi et se dépasser, en osant braver l’inconnu et accomplir de petits ou de grands actes quotidiens ou extraordinaires.

Le combat, rien que le combat

Arjuna, archer et chef de la famille des Pandavas, se retrouve au milieu du champ de bataille (Kurukshetra) où doivent s’affronter deux familles, les Pandavas et Kuravas, se disputant la possession de la ville céleste d’Hastinapura.

Arjuna, archer et chef de la famille des Pandavas, se retrouve au milieu du champ de bataille (Kurukshetra) où doivent s’affronter deux familles, les Pandavas et Kuravas, se disputant la possession de la ville céleste d’Hastinapura.

Le guerrier de la paix est le thème central de la Bhagavad Gîtâ (7), texte de l’hindouisme. Arjuna, archer et chef de la famille des Pandavas, se retrouve au milieu du champ de bataille (Kurukshetra) où doivent s’affronter deux familles, les Pandavas et Kuravas, se disputant la possession de la ville céleste d’Hastinapura. Arjuna est accompagné de son cocher, Krishna sur son char, qui le conseille. Il est en proie aux doutes, face à la décision qu’il doit prendre : faire la guerre à sa famille (les deux clans sont de la même famille), ou ne pas faire la guerre pour éviter la destruction. Krishna lui révèle que dans les deux cas, il y a action. C’est une loi de la Nature. Tout est en action dans l’univers, y compris l’immobilité qui est une forme d’action. La Bhagavad Gîtâ dit : « Car nul ne demeure même un instant sans action ; tout être est inévitablement contraint à l’action par les modes nés de Prakritri (8) ». Pour le guerrier ou kshatriya, ne rien faire est de la pusillanimité (un manque de courage, de la lâcheté, engendré par un esprit calculateur, petit et étroit). « C’est ma pusillanimité qui chasse de moi ma vraie nature héroïque, tout mon être a conscience de s’égarer dans sa vue du bien et du mal »(9).
Dans notre vie quotidienne, la tentation n’est-elle pas de rester comme nous sommes, plutôt que de combattre nos dragons (nos défauts) pour devenir meilleur ?

L’action semble inévitable car le combat est le champ de l’accomplissement des lois d’existence de chacun et chacun doit agir en fonction de son propre svadharma (10).
Le sentier peut être rempli d’embuches et de difficultés. Serons-nous à la hauteur ? Le combat est-il juste ? « En outre, considérant ta propre loi d’action, tu ne dois pas trembler ; il n’est pas de plus grand bien pour le kshatriya qu’une juste bataille (11) répond la Bhagavad Gîtâ.

À la fin de l’ouvrage, Arjuna décide de tirer la première flèche. La guerre est déclarée. Le destin est en marche !

Ainsi, le combat contre soi-même peut-il s’avérer difficile tant la force d’inertie à changer peut être grande. Mais, armé de patience, de volonté, de courage, d’ardeur, de constance et de persévérance, il n’est rien d’impossible pour le guerrier de la paix . Alors qu’attendons-nous pour changer ?

Dans un second article, nous aborderons la finalité du guerrier de la paix : libérer les autres, construire une nouvelle civilisation.

Par Marie-Agnès LAMBERT
(1) Lire dans la revue Acropolis n°274 (mai 2016) page 6, l’entretien réalisé avec Raphael Stevens et Pablo Servigne sur leur livre Comment tout peut s’effondrer ? Petit manuel de collapsologie à l’usage des générations présentes, édité dans la collection Anthropocène des éditions du Seuil, 2015
(2) Persée le Guerrier de la Paix, Fernand SCHWARZ, 2016, Éditions Acropolis
(3) Persée le Guerrier de la Paix, Fernand SCHWARZ, 2016, Éditions Acropolis, page 31
(4) Lire dans revue Acropolis n°281 (janvier 2017) article de Léo Romio Changer nos habitudes avant qu’elles ne nous changent
(5) Héros de la mythologie grecque
(6) La voix du Silence, Extraits des Préceptes d’Or, traduits par Helena Petrovna Blavatsky, Éditions Textes Théosophiques, 1991, page 20
(7) Texte sanscrit composé de 18 chapitres, traduit par « Chant du bienheureux » ou « Chant du Seigneur », partie centrale du poème épique Mahabharata, un des écrits fondamentaux des Védas, et de l’hindouisme. À travers la guerre entre deux familles, c’est la conquête de soi-même dont il s’agit
(8) Bhagavad Gîtâ, traduction d’après Sri Aurobindo, Éditions Adrien Maisonneuve, 1984, chap. III (I,5), page 35
(9) Ibidem, chap. II (I.7), page 20
(10) Dans l’hindouisme, devoirs d’un individu en fonction de sa classe sociale, de sa caste ou de sa disposition naturelle et qu’il doit suivre. Propre destin d’un individu
(11) Bhagavad Gîtâ, traduction d’après Sri Aurobindo, Éditions Adrien Maisonneuve, 1984, chap. II (I), page 31