La femme sur la Lune

Une expédition sur la lune. La face cachée de la Lune. 

Femme sur la Lune

Femme sur la Lune

Le film commence ainsi. Il y a trente ans le professeur Manfeldt se fit ridiculiser par un aéropage de ses confrères en prétendant qu’il y avait des mines d’or sur la lune. Aujourd’hui, Wolf Hélius veut construire une fusée pour se rendre sur l’astre mort et rend visite à Manfeldt. Il cherche des commanditaires. Friede Velten (Gerta Maurus, à la beauté très romantique) propose l’ingénieur Windegger, son fiancé, pour travailler sur le projet. Ils seront amenés à partir dans la fusée. Un groupement bancaire qui contrôle le marché de l’or accepte de financer l’expédition. Turner, représentant du groupe montre aux scientifiques des images de la face cachée de la lune après s’être assuré de partir avec l’équipe. Pendant très longtemps, La Femme sur la Lune fut un film très difficile à voir dans l’oeuvre du grand metteur en scène allemand Fritz Lang. Aujourd’hui il semble oublié, et pourtant…

Dans la filmographie de Fritz Lang, ce film, réalisé en 1928, se situe juste entre Métropolis et M le maudit. Tourné dans les plus grands studios d’Europe de l’époque, à Neubabelsberg et avec des moyens considérables, le film fut saisi par la gestapo en 1937, la fiction ayant semblé trop proche de la réalité. Le réalisateur fit appel en effet au père des fusées, le professeur Oberth le créateur des premiers V1, pour la balistique de son véhicule spatial. Des tonnes de sable furent déversés et grillés dans le studio pour obtenir les teintes de la surface de la lune. De ces vastes étendues de sable blanc des paysages lunaires émane une réelle dimension fantastique. Les scènes du lancement de la fusée sont très convaincantes et reposent sur toutes les données technologiques du moment. Les maquettes ont été construites d’après les données d’astronomes réputés qui étudiaient la lune depuis des années. Avec ce film, Fritz Lang déploya toute la palette de son génie visuel.

Avec ce groupe d’explorateurs, microcosme de caractères de la gente humaine, Fritz Lang fit naître comme il aimait le faire, des affrontements entre ses principaux protagonistes d’où surgirent des passions extrêmes. Le suspense y est impressionnant et débouche sur un conte moral non dénué d’humour et de poésie. La mise en scène est limpide, constamment inventive, et géniale. Fritz Lang fut le maître à penser de toute une génération de cinéastes dont ceux de la Nouvelle vague française. On admirait dans sa création sa fameuse écriture filmique animée et progressant vers une fatalité dans un enchaînement inexorable. Un plan amenait le suivant avec une évidence imparable. Seul ici l’amour contraria cette logique et ce fut peut-être la seule fois que cela arriva dans sa vision du monde.

Par Lionel TARDIF

 

Mardi 25 mars 2014 à 19 h

Espace Daniel Sorano – 16, rue Charles Pathé – 94300 Vincennes Tel : 01 43 74 73 74 – www.espacesorano.com