La volonté, Le combat de l’action contre l’inertie

Rien n’échappe au pouvoir de la volonté dans l’univers. Chez l’être humain, elle s’exprime par le combat de l’action contre l’inertie mais peut revêtir des formes inconstantes.

C’est la force par excellence, c’est la grande impulsion qui met en mouvement tout l’univers. Pas même Maya (1) n’échappe au pouvoir attractif de la volonté, puisque c’est par le pouvoir de la volonté que Maya déroule son jeu.
C’est une force si infinie qu’elle s’applique dans les occasions les plus diverses. C’est par la volonté que la pierre se maintient sans se désintégrer, ou que les molécules de notre corps ne se dissipent pas en perdant leur forme ; c’est aussi la volonté qui fait que les astres de notre système tournent autour d’un soleil central. La force est toujours la même, si ce n’est que plus elle est appliquée haut, plus elle est subtile, forte et parfaite.

C'est la force par excellence, c'est la grande impulsion qui met en mouvement tout l'univers.

C’est la force par excellence, c’est la grande impulsion qui met en mouvement tout
l’univers.

Cette grande force recèle le mystère de la vie ; elle est la vie qui apparaît dans tous les êtres. Elle se manifeste chez le petit insecte qui lutte vaillamment pour son existence en faisant mille crochets et détours pour échapper à la destruction inconsciente que nous pourrions lui infliger, ne serait-ce qu’avec un doigt. Elle s’entend chez le petit chat qui miaule tristement, tentant d’éloigner la mort qui le guette. On la voit dans la goutte d’eau qui cherche à rejoindre l’océan et dans la minuscule plante qui point désespérément entre deux pierres du chemin, criant son droit vert à la vie. C’est la même force vitale qui, avant de disparaître, fait éclater une étoile en mille feux, pour que demeure la lumière là où il y avait un corps auparavant. C’est elle qui incite l’homme à procréer de peur que la vie ne se termine avec lui. Elle est l’inspiration du poète qui traduit son sentiment en paroles amoureuses pour ne pas mourir dans la stagnation. Elle est la puissance de l’âme qui se fraye un passage à travers l’obscurité de notre matière, en s’imposant courageusement par sa propre supériorité.

La volonté est tout cela et beaucoup plus ; et dans le cas qui nous occupe, c’est l’énergie que nous mettons dans le jeu de l’illusion, en réunissant de plus en plus de forces pour passer de l’obscurité de l’ignorance à la splendeur de la sagesse. Maya applique volontairement ses artifices, parce que sa volonté est que notre monde de matière et de forme ne disparaisse jamais, au grand jamais, tant que durera son intelligence et tant que notre innocente et ignorante docilité ne changera pas.

 Faire ce qu’on veut

Chez l’homme, la volonté apparaît en haut et en bas, dans l’opacité de la matière et dans la qualité éthérique de l’âme. Si la volonté descend à travers les plans humains et se présente aux niveaux les plus bas, c’est alors qu’apparaissent les expressions bien connues : «je veux» ou «je ne veux pas», «je vais faire cela» ou «je ne ferai jamais une chose pareille». Le fait de vouloir impérieusement est le reflet de la volonté, une fois qu’elle est descendue jusqu’aux limites du corps et de ses désirs.
Néanmoins, la volonté ne consiste pas seulement à vouloir ; c’est aussi pouvoir faire ce qu’on veut. Une volonté qui ne se résout pas en action est une force gaspillée, une graine qui ne fructifie pas dans la terre. Elle est comme un cours d’eau qui n’arrive jamais à la mer ou comme un feu sans lumière ni chaleur.

Nous, les hommes, faisons peu et désirons beaucoup. Les envies – grossières contrefaçons de la volonté supérieure – nous occupent presque toute la vie, et le reste du temps se volatilise à imaginer que nous avons enfin obtenu ce que nous voulions si fort, lorsque nous ne nous consacrons pas à imaginer combien nous souffririons si nous perdions ce que nous pourrions obtenir… Et c’est ainsi que se dissipe en songes et en mots l’énergie de la volonté, celle-là même qui a mis la terre en mouvement, mais qui n’a pu faire agir les hommes.
N’y a-t-il pas de force chez les hommes ? Bien sûr que si : la grande force de l’inertie qu’il faut vaincre pour que la volonté puisse se manifester dans sa capacité d’action.

C’est par inertie que nous suivons les jeux de Maya et continuons à jouer lorsque nous devrions logiquement cesser de le faire… C’est par la volonté que nous abandonnons les jeux d’enfants pour entrer dans de nouveaux cycles de travail, toujours de la main de Maya mais un échelon plus haut.

L’inertie est pesanteur, mais elle cède devant les vents changeants de Maya. C’est Maya qui, dans son éternelle giration, fait que les hommes veulent aujourd’hui une chose et demain une autre ; l’important pour elle est que la volonté continue à rester enfant chez des hommes qui n’ont jamais cessé d’être des enfants. Ceci nous plaît aujourd’hui, demain cela… Quand allons-nous nous arrêter ? Quand cesserons-nous d’être le jouet des vents illusoires, enchaînés par le poids même de notre inertie ?

Il ne s’agit pas de changer ; il s’agit de trouver les racines qui ne changent pas pour permettre la croissance heureuse des feuilles et des fruits ; il s’agit de trouver les valeurs durables, pour que les circonstances puissent varier toujours sur la même base, celle d’un unique idéal.

Maya est volontaire, bon exemple de ce qui ne change jamais au cœur du changement permanent. Peut-on concevoir rien de plus varié que les jeux de l’illusion ? Peut-on imaginer davantage de couleurs, davantage de formes, de multiplications que n’en offre Maya ? Cependant, au milieu de cet apparent tourbillon, elle reste ferme, et certaine de la finalité qui l’anime. Maya joue toujours ; jamais elle ne cesse de jouer bien qu’elle puisse varier ses jeux. Quant à nous, nous aimons Maya par moments, animés par sa manifestation sans fin, et parfois nous la détestons lorsque nous sentons sa griffe puissante sur notre volonté de libération. Cependant, tandis que nous l’aimons ou la détestons, elle continue à jouer avec le monde et ses êtres, elle continue à les conduire à leur destinée de vie permanente, de reproduction constante, de multiplication incessante.

Si nous découvrions le secret de Maya, nous serions comme elle : vouloir aujourd’hui ce que nous avons voulu hier et ce que nous voudrons demain. Faire aujourd’hui mieux qu’hier et demain mieux qu’aujourd’hui. Jouer certes, mais en sachant pourquoi nous le faisons. Avec Maya ou sans elle, parce que nous en avons décidé ainsi de par notre propre volonté.

 Par Délia STEINBERG GUZMAN
Présidente internationale de l’association Nouvelle Acropole
(1) Mot sanscrit signifiant illusion avec apparence de réalité
 Texte extrait de Les jeux de Maya, sous le voile des apparences, Délia STEINBERG GUZMAN, éditions Les Trois Monts, Acropole, 2004, 191 pages
N.D.L.R. Le chapeau et les intertitres ont été rajoutés par la rédaction
La volonté est l'énergie que nous mettons dans le jeu de l'illusion

La volonté est l’énergie que nous mettons dans le jeu de l’illusion