La place de l’homme dans l’univers

Quelle place a l’homme dans l’Univers ? Depuis l’Antiquité, l’homme se pose sans cesse la question. Fait-il partie de l’univers ? Celui-ci a-t-il un sens pour lui ?

 Déjà au temps des Égyptiens, l’homme était considéré comme un être exceptionnel par le fait qu’il était un être pensant qui pouvait se représenter lui-même, et cette caractéristique lui donnait une place particulière dans l’Univers.

L’homme peut non seulement voir, mais concevoir des objets, qu’ils soient animés ou non, et leur donner une réalité cohérente, indépendamment de leur réalité même. Si l’on prend une photo, elle a une réalité concrète et tangible qui génère des souvenirs et une histoire pour chacun d’entre nous, lui donnant une valeur importante à nos yeux.

Par le fait de penser et de concevoir, nous pouvons projeter sur un objet une réalité différente, voire plus importante que la réalité même de cet objet.

Où est la place de l'homme dans l'Univers ?

Où est la place de l’homme dans l’Univers ?

La position de l’homme

Comment trouver la place de l’homme dans l’univers ? Tout dépend de la façon dont nous nous représentons cet univers.

Si nous pouvons penser les objets, leur donner une réalité et vouloir nous y intégrer, alors nous considèrerons l’univers comme une réalité et nous pourrons y trouver une place. Si l’univers ne représente rien pour nous, nous n’y aurons aucune place.

Le pouvoir de l’imagination

Ce qui différencie l’homme, c’est sa capacité d’imaginer et d’exprimer en utilisant le langage symbolique. C’est la meilleure définition de l’homme qui a été donnée par Ernst Cassirer (1).

L’être humain est capable de penser, de se représenter et d’imaginer, donc de se projeter dans l’espace et le temps. Il peut donc se voir autrement, changer sa façon d’agir et d’être et se créer un avenir différent.

La philosophie contemporaine a découvert l’existence d’un potentiel en l’homme qui dépasse la simple notion de raison : une dimension symbolique, une capacité d’imagination qui permet de se projeter, d’avoir une force et un pouvoir sur soi-même et les évènements (par exemple, un athlète se préparant pour une course, se mentalise, se projette et se voit courir par l’imagination).

Nous redécouvrons ainsi depuis une cinquantaine d’années ce que des sociétés traditionnelles ont appliqué depuis toujours : l’imagination qui permet de se projeter et d’exercer un pouvoir sur soi-même et sur les évènements. Cette notion est très peu utilisée dans l’éducation donnée à l’école mais commence à se répandre graduellement dans un certain nombre de domaines.

Ce pouvoir d’imagination et de projection permet de ne pas subir les évènements mais au contraire de les dominer en utilisant des comportements et des mots symboliques. En effet, un geste, un mot, peuvent provoquer une guerre, une dispute ou encore l’amour…

Dieu n'a donné aucune prérogatives particulière sur la place de l'homme : elle est au milieu de l'univers

Dieu n’a donné aucune prérogatives particulière sur la place de l’homme : elle est au milieu de l’univers

La vision de la Renaissance

À la Renaissance, le philosophe Pic de la Mirandole (2) a écrit De la Dignité humaine (3), en s’inspirant de Nicolas de Cues (4) et de Marsile Ficin (5). Dieu n’a donné aucune place déterminée ni prérogative particulière à l’homme car celui-ci se trouve au milieu de l’univers et peut donc choisir le meilleur ou le pire pour définir les lois du monde et les incarner. Pic de la Mirandole écrivit : «Si nous ne t’avons fait ni céleste ni terrestre, ni mortel ni immortel, c’est afin que, doté pour ainsi dire du pouvoir arbitral et honorifique de te modeler et de te façonner toi-même, tu te donnes la forme qui aurait eu ta préférence. Tu pourras dégénérer en formes inférieures, qui sont bestiales ; tu pourras, par décision de ton esprit, te régénérer en formes supérieures, qui sont divines.» (6)

Cette notion de place centrale de l’homme dans le monde et dans l’univers (au milieu, au centre, mais pas parce qu’il est le centre) est très importante car elle apparaît dans beaucoup de traditions. Plotin (7) dit que l’homme est situé au milieu, entre les animaux et les dieux et, quand il regarde du côté des animaux il devient animal, quand il regarde vers les dieux, il devient divin. Par sa capacité de penser et de se projeter, l’homme a le choix de s’élever ou de rester animal.

Dans Ainsi parlait Zarathoustra (8), Nietzsche voyait l’homme au centre, au milieu, comme un pont entre Ciel et Terre. C’est la capacité d’amour et de dépassement de soi, qui peut faire de lui un pont, un lien.

Se connaître pour connaître l’Univers

Pour comprendre le monde et se situer par rapport à l’Univers, plusieurs options s’offrent à l’homme :

– Ériger une statue à son effigie et pratiquer le culte de soi-même et de son égo. L’univers est son propre égo et le dieu, soi-même. C’est actuellement à la mode.

– Développer son potentiel pour transcender ses limitations.

– Dialoguer avec la partie profonde de soi-même, c’est-à-dire avec sa partie divine. C’est une notion qui nous vient de la Grèce ancienne.

– La dernière est en rapport avec l’inscription sur le fronton du temple de Delphes : «Connais-toi toi-même et tu connaîtras l’univers et les dieux».

Être au centre de soi-même

En pratiquant le dialogue avec soi-même, l’on peut se rendre compte si l’on a atteint le centre de soi-même, c’est à dire son propre sommet.

Pour être bien au centre, il suffit de déplacer sa conscience au plus haut de soi-même et ce centre devient alors un lien entre ce qui est au-dessus et ce qui est en-dessous. Le centre a souvent été représenté symboliquement par l’image d’une montagne ou d’une pyramide (gravir sa propre montagne intérieure).

Où est le cœur, ou centre de l’univers ? Partout et nulle part. Pour s’y connecter, il faut se connecter à soi-même et ainsi pouvoir se connecter à l’Être des choses. La place de l’homme est d’être au centre de sa nature profonde et supérieure, et pas au centre de son égo. C’est en se situant ainsi, depuis son intériorité, qu’il peut connaître sa place dans l’univers.

L’homme est une poussière d’étoile

Il existe une autre possibilité qui est de se reconnaître dans l’univers. L’astrophysicien Hubert Reeves a dit que l’homme, au moins physiquement parlant, est une poussière d’étoile, le résultat d’un certain nombre d’atomes d’hydrogène fabriqués par des étoiles (9). Ainsi l’on peut se rendre compte qu’on est fait de la même matière que l’univers et qu’on obéit aux mêmes lois. Pour se reconnecter et se recentrer, on peut se relier en même temps à soi-même et à l’univers ; le résultat sera le même. Il y a un sens à l’évolution de l’univers : du plus simple au plus complexe, de l’inconscient au conscient.

Les scientifiques se demandent si l’homme, en devenant capable de déchiffrer l’univers et d’en interpréter ses lois, ne serait pas en mesure de comprendre le sens de sa présence dans l’univers.

L’influence réciproque de l’observateur et du sujet d’observation

En science et notamment en physique, le sujet et l’objet sont interconnectés et s’influencent mutuellement. Quand on effectue une mesure, les phénomènes apparaissent en fonction de la mesure que l’on cherche : si l’on étudie la matière en tant qu’onde, elle ne se montrera pas sous forme de particule et si l’on recherche une particule, elle ne se montrera pas sous forme d’onde. Nous pouvons donc altérer le résultat d’une observation mais nous sommes en même temps changés par l’observation. L’observateur et la matière, ou le sujet, observé, ne restent pas neutres. Ils interfèrent et interagissent l’un sur l’autre. Nous sommes donc tous interconnectés.

Il est évident que si nous concevons l’univers d’une certaine façon, nous le déterminerons d’une certaine façon et l’univers nous déterminera également d’une certaine façon. D’où l’intérêt d’avoir la vision la plus large et la plus riche de l’univers. C’est parce que nous pensons d’une certaine façon, que nous agissons de la même façon. Si nous changeons nos attitudes et nos comportements, nous agirons autrement et nous deviendrons différents. Nous sommes les seuls êtres sur terre à pouvoir penser le changement mais nous ne l’appliquons que très rarement. Nous subissons les évènements, nous avons une vision fataliste, en nous laissant porter par les circonstances car nous avons beaucoup de préjugés, de partis pris et d’opinions arrêtées, ce qui nous rassure, acceptons plutôt de vivre dans l’incertitude et l’ambiguïté pour faire émerger un futur différent.

 La vision de Newton

Pendant longtemps et selon la vision de Newton, la pensée occidentale scientifique et philosophique a conçu le monde comme une machine. Si nous pensons que l’univers est une machine, alors nous sommes également une machine et nous agissons de façon mécanique, par routine, avec des repères confortables. Si nous rencontrons un problème qui ne répond plus au principe de mécanicité, nous sommes alors désorientés, peu aptes à nous adapter et à trouver des solutions créatrices. Nous lâchons difficilement prise et cela risque de générer beaucoup de crises.

Au début du XXe siècle, la conception mécaniciste de l’univers a été balayée avec les découvertes scientifiques, notamment avec la physique quantique. Mais la pensée philosophique contemporaine n’a pas réussi à intégrer la vision quantique. Il y a donc une rupture importante dans la pensée : nous continuons à penser et à vouloir obtenir des réponses selon la vision mécaniciste alors que la vision du monde a changé. Il y a donc des fissures dans l’édifice de la pensée humaine et l’homme est de plus en plus désemparé pour faire face à des problèmes qui ne peuvent plus se résoudre de façon mécaniciste. D’où l’importance de revenir aux philosophies anciennes pour trouver des clés, apprendre à se poser les bonnes questions, trouver la place en soi-même et dans l’univers. C’est une démarche individuelle qui est plus longue, moins spectaculaire mais néanmoins plus durable.

 Texte écrit à partir d’une conférence réalisée par Fernand Schwarz à Nouvelle Acropole au centre, à l’espace Falguière (Paris 15) le 25 Octobre 2012

Par Fernand SCHWARZ

Notes :

(1) philosophe allemand, naturalisé suédois (1874-1945) représentant du mouvement de néo-kantisme, développé dans l’école de Marbourg

(2) Jean Pic de la Mirandole (1463-1494), philosophe et théologie  et théologien humaniste italien  qui étudia et synthétisa les principales doctrines philosophiques et religieuses comme le platonisme, l’aristotélisme, la scolastique et la kabbale chrétienne

(3) Discours de la dignité de l’homme (1486), in Œuvres philosophiques, traduit par Olivier Boulnois, Giuseppe Tognon, Paris, PUF, collection Épiméthée, 1993

(4) Nicolas Krebs appelé Nicolas de Cues (1401-1464), penseur allemand dont la théorie de la connaissance a influencé la philosophie des sciences (Giordano Bruno, Descartes…) et l’astronomie théorique (Galilée) 

(5) Marsile Ficin (1433-1499), poète et philosophe humaniste italien. Il dirigea l’Academie platonicienne de Florence, fondée par Cosme de Médicis, en 1459. Il a traduit et commenté l’œuvre de Platon et de Plotin 

(6) De la dignité humaine, Pic de la Mirandole

(7) Plotin (205-270) après J.- C.), philosophe grec, fondateur du néoplatonisme. Il a approfondi la réflexion de Platon et d’Aristote

(8) Paru aux éditions du Livre de Poche, 1972

(9) Voir article de Trinh Xuan Thuan, L’univers, hasard ou nécessité ? page 8, paru dans le Hors série n°3 de la revue Acropolis, Sciences et philosophie, notre existence-t-elle un sens ?, septembre 2013

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