La pie trop fière de sa fortune

Vaut-il mieux rester riche et seul ou s’entourer d’êtres utiles à son développement ? L’indépendance a un prix… La pie de cette fable en a fait les frais.

Une pie avait si bien accompli son boulot
Que pour ranger tous ses joyaux
Il lui fallait un nid énorme, de la taille de son grand orme.

Une pie trop fière de sa fortune

Une pie trop fière de sa fortune

Un pic-vert de voyage passait par là.
– Bonjour Madame la Pie, qu’il est admirable cet arbre là ! Il scintille de partout, et que de beaux bijoux ! Ses éclats au moins nous confondent à trois bonnes lieues à la ronde.
– Oui, il me sied assez, répond-elle toute suffisante. Il me manque bien des opalines et des gourmettes, mais mon arbre reste bien la plus belle chose à voir dans tout le canton dira-t-on.
– Laissez-moi investir votre arbre, ma Noble, Je le délesterai de ses quelques vers, et vous ne me payerez qu’avec un petit bracelet.
– Comment ? S’offusque la pie. Venez picorer mon arbre, si cela vous chante, mais pour ce qui est du salaire votre repas vous suffira largement !
– Permettez-moi d’insister, ma Dame. Ici chacun donne à la mesure de ses moyens. Et croyez-moi, c’est un vrai service que je vous rendrai.
– Ah vous insistez ! Alors déguerpissez, badaud ! Les gens comme moi ne fréquentent pas n’importe qui. Vous êtes encore un de ces innombrables vautours !

Le pic-vert a perdu son humeur joyeuse, il lui répond mornement que pour ne pas perdre son bien, c’est un ami qu’elle perd. Puis il s’en va.
Des semaines ont passé, pas un bijou n’a quitté le nid.
Mais l’impérieuse nature, toujours revient au galop.
Ils sont bien étouffants pour l’arbre, tous ces apparats qui renvoient la lumière, et les quelques vers, en terrain propice, ont fini par l’envahir, le gros arbre négligé.

Et la structure oubliée, brutalement, se manifeste.
Le pauvre orme épuisé s’écroule complètement, et laisse la pie et son trésor par terre, au ras des pâquerettes.

L’histoire ne nous dit pas si ses amies les fourmis l’accepteront encore,
Mais elle nous dit bien une chose : Nous dépendons tous les uns des autres, à des degrés variés.
Et à trop vouloir l’indépendance, c’est la nature même qui nous tourne le dos.

Par Frédéric FAURE