La fille de Ryan

Une version de madame Bovary de Gustave Flaubert moderne

 

La fille de Ryan, version moderne de Madame Bovary de Gustave Flaubert

La fille de Ryan, version moderne de Madame Bovary de Gustave Flaubert

Le film commence dans le petit village de Kinary, sur la côte ouest de l’Irlande en 1916. Rosy la fille de Tom Ryan, le propriétaire de la taverne, épouse le maître d’école Charles Shaughnessy, de quinze ans son aîné. Dans les premiers jours du mariage, romantique et sensuelle, l’héroïne est déçue par la maladresse amoureuse de son époux. Elle fait la connaissance du major Randolph Doryan, qui vient de prendre le commandement d’une garnison de la région après avoir été grièvement blessé sur le front de France. Rosy et Randolph s’aiment passionnément et leur liaison fait scandale au village. Ainsi commence ce «bovarisme» revisité à un moment du grave conflit qui oppose l’Irlande et l’Angleterre. Mais, l’apport de cette adaptation de Flaubert, c’est qu’ici, Rosy n’est plus prise en dérision par son auteur, le mari est loin d’être ridicule et l’amant n’est pas un goujat.

Démesure et douceur se côtoient, mais les personnages sont nobles et purs. La mer toujours tourmentée et omniprésente ponctue le récit. Nous retrouvons ici la notion «d’Umwelt», le monde environnant qui entoure le drame sans se mêler à l’action mais qui y participe symboliquement. Ceci vient de l’école allemande de cinéma autour des années vingt cinq. Une des plus belles scènes d’amour de l’histoire du cinéma est filmée en forêt avec l’éclosion de la faune qui accompagne l’épanouissement des amants.

David Lean a qui l’on doit, il faut le rappeler, les grandes fresques de cinéma que sont Le pont de la rivière Kwaï, Lawrence d’Arabie, et le Docteur Jivago, signe ici l’un de ses films les plus personnels qui fut cependant éreinté par la critique intellectuelle des années 70 dont la mode à l’époque était à la fameuse distanciation brechtienne et à la déconstruction pour être adoubé par la critique. Pourtant ce film est sublime, joué par de grands acteurs tels que Robert Mitchum, Sarah Miles, Trevor Howard, John Mills, Léo Mac Kern, Christopher Jones. David Lean a le génie des lieux et il sait transfigurer le détail le plus anodin. Nul ne sait comme lui filmer des ciels déchiquetés, des tempêtes apocalyptiques, des lieux tourmentés. Ici la nature façonne les êtres qui vivent en son sein, et réveillent leurs démons intérieurs. À signaler au niveau des images, la photo exceptionnelle du chef opérateur Freddie Young et la musique de Maurice Jarre, qui a écrit une partition subtile qui s’associe bien avec la Symphonie héroïque de Beethoven, apportant un vertige lyrique qui plane sur la splendeur des images. Enfin la beauté sauvage de l’Irlande y est célébrée avec ses côtes majestueuses, ses collines verdoyantes et ses plaines immenses où les personnages semblent venir s’abîmer, disparaître, tant ils semblent être avalés par les paysages.

Mardi 17 décembre 2013 à 19h 30

Espace Daniel Sorano 16, rue Charles Pathé – 94300 Vincennes – Tél : 01 43 74 73 74 – www.espacesorano.com