La fête de la chenille et du papillon

 

Pour illustrer la façon dont peut être utilisé le langage symbolique, nous vous présentons deux activités organisées entre parents par un petit groupe d’amis pour leurs jeunes enfants.

Lors de la première activité, leur objectif était de faire vivre aux enfants de façon symbolique, – sans aucune explication : la chenille qui s’enferme dans son cocon sait-elle qu’elle va devenir papillon ? –  le fait que « mourir » permet de renaître avec plus de possibilités.

On invite les enfants à s’envoler, ce qu’ils font dans tout l’espace alentour dans un déchaînement de vitalité plein de jubilation.

On invite les enfants à s’envoler, ce qu’ils font dans tout l’espace alentour dans un déchaînement de vitalité plein de jubilation.

 Préparation (la veille)

  • Avec les enfants : échanges à partir d’un album illustré sur le passage de la chenille au papillon.
    Peinture par chaque enfant d’un papillon sur un des côtés (l’un et l’autre de couleur différente) d’une courte cape réversible,
  • Avec les parents : outre l’apprentissage du chant (ci-dessous) et la mentalisation du déroulement de la fête, chacun évoque ce qu’il a vécu au cours de sa vie qu’il peut associer à une métamorphose, sachant comme l’explique Edgar Morin que, pour concevoir ce « que signifie le terme de “métamorphose”, il faut considérer ce qui se passe dans la chrysalide où s’enferme la rampante chenille. Il s’effectue un processus d’auto-destruction de la chenille qui est en même temps d’auto-construction du papillon : le papillon a la même identité que la chenille, mais dispose d’une complexité qui fait émerger de nouvelles qualités, de nouvelles propriétés, dont celle de voler. » (1)

 La fête proprement dite

Les enfants, après avoir dessiné l’histoire de la chenille et du papillon, mettent, un à un, la cape côté chenille (sans dessin), puis, au son d’un tambourin, traversent en rampant un « tunnel » végétal, tandis que les parents, en cercle, chantent en boucle les deux premières phrases de la chanson : « Petite larve a dû mourir pour renaître, petite chenille a dû mourir pour renaître ». Les enfants prennent alors place dans le cercle et on enfile à chacun son cocon (taies de traversins).
Long moment de silence et d’immobilité, pendant lequel les parents font le chant de l’abeille (mmmm). Les enfants, lorsqu’ils sont prêts, sortent seuls du cocon tandis que les parents reprennent le chant en entier : « Petite larve a dû mourir pour renaître, petite chenille a dû mourir pour renaître, un papillon, aux ailes de lumière, va embellir la terre, avant de s’envoler vers d’autres mystères. » On retourne alors la cape du côté papillon (qu’ils ont peint la veille) et on les invite à s’envoler, ce qu’ils font dans tout l’espace alentour dans un déchaînement de vitalité plein de jubilation.
Les parents les rejoignent dans leur envol et une déambulation festive, accompagnée par le tambour et la musique dont a été tiré l’air de la chanson (Alegria), les conduit tous vers la table qui les attend pour un repas de fête.

Autre exemple : La fête de l’œuf
Objectif : faire vivre aux enfants de façon symbolique (sans aucune explication) le fait que chacun est un être en potentiel à découvrir et actualiser.

Préparation  (la veille de la fête) :

  • Échanges avec les enfants, à partir de deux livres illustrés, sur le passage de l’œuf au poussin puis au coq ou à la poule. Observation d’un œuf dur qu’on se passe de main en main, d’abord entier puis en coupe (dans les deux sens). Ensuite d’un œuf cru remis à chacun qu’il casse seul dans un bol et mélange à la fourchette avec du sucre. On se rend alors ensemble, à la cuisine, chacun portant précautionneusement son bol, chacun verse le contenu dans une grande poêle. Juchés sur des chaises, on regarde cuire les œufs brouillés sucrés qu’on déguste pour le goûter dans un silence concentré, jusqu’à la dernière miette.
  • Fabrication d’un coquetier : une des animatrices, compétente en la matière, avait proposé la fabrication d’un coquetier en argile selon la technique japonaise du raku. Première cuisson du coquetier que chacun a, à l’avance, modelé à la maison pour qu’il ait le temps de sécher.
  • Peinture par chacun d’un œuf en coupe sur un T-shirt blanc. Presque tous ont tenu à y faire figurer le petit point sombre qui indique qu’il a été fécondé.

 La fête proprement dite

Le maître de cérémonie conduit les enfants, revêtus de leur T-shirt, vers l’espace délimité par les parents autour du four. Ces derniers chantent en boucle, en s’accompagnant d’un mouvement des bras, jusqu’à la ronde finale : « Petit œuf deviendra oiseau ; bel oiseau s’envolera haut. » Suite de la fabrication du coquetier. On voit la terre se transformer de façon spectaculaire à travers l’alchimie de l’émaillage, du feu, puis du frottage et nettoyage (les coquetiers sortent du four tout noirs) par chacun du sien, en un bel objet précieux et utile. Chacun déguste un œuf à la coque dans son coquetier. Ronde finale endiablée sur le même chant pour tous, adultes et enfants.

Pour conclure

Les broussailles épineuses qui entourent le château où dort la Belle au Bois Dormant  se transforment en « belles et grandes fleurs épanouies ».

Les broussailles épineuses qui entourent le château où dort la Belle au Bois Dormant se transforment en « belles et grandes fleurs épanouies ».

 

Qu’espérons-nous, nous les adultes, de ces moment brefs mais intenses de vécu symbolique ?

Nous voulons jouer auprès des enfants le rôle de ceux qui ont l’audace d’affronter les broussailles épineuses qui entourent le château où dort la Belle au Bois Dormant mais devant qui finalement elles se transforment en « belles et grandes fleurs épanouies », ouvrant le chemin qui permet à la princesse de recevoir le baiser qui la rappelle à elle-même, à son identité profonde.
Nous pensons que les expériences ainsi vécues par les enfants, qu’elles restent conscientes ou s’enfouissent dans l’oubli, constituent pour chacun d’eux un trésor dans lequel ils pourront puiser lors des épreuves que leur dispensera la vie et qui leur offrira la possibilité de n’être ni désarmés ni orphelins face au monde qui les attend.
Les liens ainsi établis dans la petite enfance, avec ses propres profondeurs d’une part, avec les autres d’autre part pour avoir vécu ces expériences collectivement, avec l’univers enfin à travers un contact avec les lois de la Nature, nous paraissent un apport décisif pour pouvoir contacter le divin en soi et puiser à pleines mains les ressources qui nous y attendent.

 

(1) Edgar Morin, La Méthode, tome 6, Éthique, Gallimard, page 228
Par Marie-Françoise Touret