Entre l’unité et la pluralité

La conscience oscille en permanence entre la pluralité et l’unité.

 

La matière divise, l’esprit unifie. Ainsi, la conscience oscille-t-elle en permanence entre la pluralité et l’unité. L’objectif selon l’auteur est de se placer dans la partie supérieure de soi-même pour capter l’unité le plus souvent possible et limiter l’influence du séparatisme engendrée par la multiplicité. Un travail de tous les jours.

Parmi les armes les plus importantes qu’utilise Maya (1) dans son jeu, se trouvent ses miroirs, qu’elle place à mi-chemin entre le monde supérieur de l’esprit et le monde dense de la matière. Ces miroirs possèdent la particularité de multiplier l’Unité spirituelle, de telle façon que lorsque les images arrivent en bas, ce qui était au début une seule chose s’est transformé en une multiplicité infinie, en milliers d’éléments attirants, capables de captiver les hommes. Mais derrière les miroirs, derrière le jeu de lumières, se trouve toujours l’Unité. Alors que la matière divise, l’esprit unifie. Maya, qui agit dans la matière, est le reflet divisé de l’Unité spirituelle.

 Le lien entre la pluralité et l’unité

Seule, la conscience humaine est capable faire le voyage entre les choses multiples et l’Unité. Elle monte et descend, descend et monte, prenant contact avec l’une et l’autre extrémité de la manifestation. Lorsqu’elle descend, elle se retrouve avec Maya et son cortège de reflets résultant de la division de la lumière. Alors la conscience se divise aussi et joue à reconnaître les divers objets, essayant de les penser et de les mettre en relation entre eux, cherchant la manière de s’en servir et de leur trouver un sens en lien avec sa propre personne. Mais lorsque la conscience monte, alors elle rencontre le miracle de Maya qui s’est fondue, elle aussi, dans la même Unité qui nous attend tous, là où les jeux ont pris fin, là où l’expérience a été complétée, là où l’Essence unique est l’unique réalité. La conscience supérieure, ascendante, est celle qui permet la vision à l’échelle du cosmos. Tout intègre un ensemble, une unité ; tout perd sa petite valeur particulière pour croître en assumant la valeur générale de cette Unité cosmique. Au contraire, et en opposition à celle-là, la conscience qui se tourne vers la matière, succombe au séparatisme, mal dangereux qui conduit à des maux sous toutes les formes.

Les hommes se séparent les uns des autres, s’affrontent, se combattent.

Les hommes se séparent les uns des autres, s’affrontent, se combattent.

 Le danger du séparatisme

Les hommes se séparent les uns des autres, s’affrontent, se combattent. Toutes les unions se détériorent, comme s’opposent les différentes religions, les différents peuples. Il se crée des partis politiques, des corporations et des associations qui ont pour tâche fondamentale de lutter contre ceux de leur espèce. Et le comble du séparatisme conduit à l’affrontement qui se manifeste à l’intérieur d’un même homme, lorsque ses deux moi, supérieur et inférieur, perdent toute capacité de vivre ensemble et entrent en guerre. Le séparatisme, donc, est le mal de la matière. Si nous cédons et que notre conscience tombe face à lui, le divorce est prononcé à nos yeux entre tous les êtres vivants et nous ne trouvons plus aucune relation qui puisse leur conférer une connexion essentielle.

 La racine de l’être

L’Unité est propre à l’esprit. Si la conscience s’élève jusqu’à ce plan, l’homme trouve sa propre racine, sa raison d’être, grâce à quoi il découvre immédiatement une racine identique en toute chose, et les relations essentielles entre les unes et les autres lui apparaissent clairement.

Tout dépend donc de notre conscience et de la position où nous la plaçons, d’un côté ou de l’autre des miroirs multiplicateurs.

Mais Maya joue aussi avec la conscience et la contraint à osciller entre le haut et le bas. Et dans ce cas, il convient de ne pas oublier qu’il est toujours plus facile de descendre que de monter. C’est pourquoi nous vivons dans la multiplicité, parce qu’il se trouve presque toujours que notre conscience est tombée, en bas, près de Maya et de ses jeux.

Nos prises de conscience de l’Unité – de l’Esprit – sont sporadiques. Prenons l’exemple d’une boule qui tombe dans une dépression : la vitesse de sa descente jusqu’au fond fait qu’une fois arrivée en bas, il lui reste un peu d’élan pour essayer de remonter ; mais elle n’a rien qui lui permette de se maintenir en haut, aussi Maya recommence-t-elle à l’attirer vers le bas…

 Créer un foyer supérieur pour la conscience

La tâche consiste alors à créer un foyer supérieur pour la conscience, une assise au sommet de ses possibilités pour qu’elle ne retombe pas aussi facilement. Il s’agit de placer un puissant aimant à notre point d’Unité, une Lumière qui synthétise tous les rayons, un centre où arrivent à converger toutes les directions. Se fixer là grâce à une nouvelle force de gravité vers le haut – celle de l’Esprit – force plus grande et de sens contraire à celle que Maya exerce sur le monde.

Si nous apprenons à jouer en bas, si nous suivons certaines règles et un ordre pour évoluer parmi la multiplicité des choses, pourquoi ne pas tenter une nouvelle étape dans laquelle les intérêts soient placés dans un jeu supérieur qui réunit tout dans un même sens ? Maya aussi, bien qu’elle ne nous le dise pas, est engagée dans cette même tâche, parce que sa fin est le point de réunion avec nous.

 Par Délia STEINBERG GUZMAN
(1) Illusion avec apparence de réalité dans la philosophie hindoue