ÉDITORIAL : Commencer par soi-même

La 52e réunion internationale des Nouvelle Acropole dans le monde a eu lieu au Guatémala. Plus de cinquante délégations de pays des quatre continents se sont réunies pour partager leur expérience de l’année et faire un bilan prospectif. Dans son intervention, la Présidente internationale Délia Steinberg Guzman a déclaré : «Il est désespérant de constater le nombre important de personnes qui meurent tous les jours à cause du fanatisme sans limite. Nous nous demandons quotidiennement s’il est légitime de tuer celui qui ne pense pas comme nous ou qui ne croit pas en la même forme de dieu que nous. Il est également désespérant de constater la quantité de richesses que possède un petit nombre et la pauvreté qui opprime le plus grand nombre. À cela, il faut ajouter la corruption et l’exploitation de ceux qui ne possèdent rien […]. Chacun veut vivre sa vie, peu importe ce qui arrive aux autres. Jusqu’à quand pouvons-nous continuer à agir ainsi ? Il est évident que nous sommes face à de graves problèmes en tous genres qui touchent la population mondiale, la planète et la Terre et qui menaçent nos perspectives pour l’avenir. Si nous voulons vivre un futur digne de ce nom, nous devons commencer à agir immédiatement, en commençant par nous-mêmes. La valeur d’une philosophie amenée à être pratiquée est qu’elle nous confronte à notre propre conscience et qu’elle nous demande d’effectuer une transformation intérieure salutaire avant d’exiger quelque chose des autres» (1).

Ce constat ainsi que la nécessité d’agir immédiatement est assez criant dans la région où nous étions. Toute l’Amérique centrale se dit malade de la violence qui destructure les sociétés à un point tel, que comme les Américains le disent eux-mêmes, celle-ci devient une plaie incontrôlable. En 2014, dans le pays voisin, au Salvador, il y a eu, sur une population d’un peu plus de cinq millions d’habitants, 481 homicides et 1800 personnes disparues. Dans toute l’Amérique du Sud, selon l’Unesco, 51% des personnes mineures sont victimes du «bullying» (2). La maltraitance scolaire est constante et systématique avec abus de force ou d’autorité. Le Guatémala a organisé une campagne nationale destinée à éduquer les familles et à développer une nouvelle forme de communication. En fait, la source de ces agressions, perpétrées par des enfants envers d’autres enfants, et que l’on constate actuellement en Europe, a pour principale source le fait que les familles ne parviennent pas à gérer correctement les émotions et que la communication ne se fait que sous forme d’insultes, de cris et de coups. Les adultes n’accordent pas d’importance aux besoins affectifs des enfants. Le cercle familial ne pose pas de limite, devient permissif et use d’abus de pouvoir. Si les victimes présentent des cas de dépression, d’anxiété, de faible estime de soi ou de sentiment d’insécurité, les agresseurs au contraire, sont généralement plus forts, plus impulsifs et expriment leur colère et leur frustrations à l’intérieur même de l’école, à l’encontre des enfants plus faibles. Ils se sentent supérieurs car ils obtiennent l’appui des autres par la peur qu’il génèrent. Ils ont une très faible tolérance à la frustration et c’est très dangereux. Ces faits provoquent des réactions et des violences qui désorganisent non seulement l’éducation mais les bases du vivre ensemble. Il est urgent, sans moraliser ni engendrer des comportements patriarcaux, de revenir à des attitudes positives alignées sur des valeurs de respect, de solidarité et de coopération. Il est indispensable de corriger les erreurs commises, en procédant à des explications concrètes mais sans humilier.

En France, à l’heure où nous nous interrogeons sur la réforme de l’éducation que nous souhaitons donner à nos enfants, il serait utile de tenir compte de ces expériences.

Au sein de cette société apparemment très instable, j’ai trouvé des lueurs d’espoir. Depuis une vingtaine d’années, les habitants natifs du Guatémala, les Mayas, ont retrouvé le droit de pratiquer leurs cérémonies ancestrales dans des lieux sacrés mayas. Et parallèlement, ils ont décidé d’importer leurs traditions en s’ouvrant, sans la moindre revendication, aux autres peuples de la Terre. 263-2 EditorialSelon eux, «Les temps actuels exigent une tradition pragmatique, claire, cohérente et harmonieuse tant avec la Mère Nature qu’avec nous-mêmes. Pour l’instant nous sommes arrivés au maximum du culte du matérialisme, de la frivolité, de ce qui est passager, de l’étourdissement du mental et des sens. Nous avons perdu le sens et la direction. Nous vivons dans l’instant et nous en sommes tous responsables. Aujourd’hui, ce que nous portons extérieurement est beaucoup plus important que ce que nous avons en nous-mêmes. Le plus triste est que la majorité des êtres humains sont vides intérieurement et ont peur. Ils ont peur d’être seuls, ont besoin de distractions comme la télévision, la radio, internet. Les pires sont ceux qui s’évadent de leur existence à travers des drogues, en tentant de trouver une réponse à ce vide … Mais il existe également des personnes qui s’approchent de l’ordre naturel, de la sagesse ancestrale. Les grands changements commencent au niveau individuel, c’est-à-dire par soi-même. Le destin de l’humanité se fera en fonction de la réaction de celle-ci face aux évènements vécus actuellement, de la prise de conscience du sérieux et des actions à entreprendre. Il est également important d’avoir un mental plus positif et de ne pas engendrer une psychose des calamités. Nous ne pouvons continuer à être des spectateurs et à nous lamenter. Nous sommes à un moment de grande transformation et en général, lorsqu’un changement se présente, il s’en suit une période de chaos. La même chose se produit quand une chenille doit sortir de la chrysalide pour se transformer en papillon ou qu’une étoile naît après une grande explosion… (3).

C’est un bonheur de découvrir des idées et des sentiments convergents. Aujourd’hui, de nombreuses personnes sont en train de se croiser en essayant humblement de construire quelque chose de nouveau et meilleur. Devant l’immensité de la tâche, nous devons comprendre qu’une maison se construit brique après brique et que chacun doit trouver la sienne pour l’apporter à l’édifice. Il faut donc commencer par soi-même et apporter sa propre brique.

Par Fernand SCHWARZ
Président de la Fédération Des Nouvelle Acropole

(1) Texte extrait de l’Anuario 2015 (Bilan annuel des activités de l’Organisation Internationale Nouvelle Acropole OINA. À télécharger sur le site www.acropolis.org et www.nouvelle-acropole.fr)
(2) Abus de tous ordres
(3) Texte extrait du livre Ch’umilal Wuj, Libro del destino, Carlos BARRIOS, 3ª edición, Maya’Wuj Editorial, Iximulew, Guatemala, 2013 paru en espagnol et en anglais. Compilation des messages des Anciens de tribus actuelles mayas qui ont transmis leur vision du monde et sagesse sur l’actualité