Changer nos habitudes avant qu’elles ne nous changent ?

« Nous sommes ce que nous répétons chaque jour. L’excellence n’est alors plus un acte, mais une habitude. » Aristote

Changer nos habitudes avant qu’elles ne nous changent ? Un grand défi à relever et qui demande nos schémas de pensée et devenir acteur de notre vie.

Les habitudes sont innées ou acquises par les modes de vie

Les habitudes sont innées ou acquises par les modes de vie

Une nouvelle année commence, et avec elle, son lot de résolutions. Nous savons que certaines habitudes ne correspondent plus à nos aspirations. Nous sommes décidés à changer pour un mieux mais dans la pratique, cela n’est pas aussi facile et bien souvent nous renonçons. Les habitudes prennent le pouvoir sur nous ! Pourquoi est-il si difficile de changer nos habitudes ? Comment faire pour redevenir maître de sa vie ?

Avec le nouvel an, un verre de champagne à la main, qui, dans l’euphorie du moment, ne s’est pas engagé à prendre de nouvelles résolutions pour la nouvelle année ? Pratiquer un sport, faire du yoga, commencer un régime, arrêter de fumer, changer de travail, reprendre des études … En effet, dans ce moment où le temps se courbe, la routine quotidienne semble s’arrêter pour un instant… Nous nous mettons alors à imaginer un avenir meilleur, en décidant d’abandonner certaines habitudes qui ne sont plus adaptées à ce que nous voulons devenir.

Dès le lendemain, portés par l’enthousiasme, nous passons avec ardeur à la pratique. Enfin, nous allons pouvoir devenir un autre ! Fascinante perspective…

Après quelques jours, l’enthousiasme s’estompe et nous avons beaucoup de mal à appliquer ce qui semblait être une évidence. De manière insidieuse, une petite voix intérieure s’élève peu à peu et nous invite à reporter à plus tard les résolutions prises. Au final, nous reprenons le cours de nos anciennes habitudes…

Pourquoi préférons-nous cette souffrance chronique du conservatisme au véritable changement ?

Souvent face aux crises de l’existence (santé, relations, emploi…) et à la souffrance qu’elles engendrent, nous nous questionnons sur d’autres alternatives potentielles. Mais pourquoi attendre ? Pourquoi éprouvons-nous tant de difficultés à changer nos habitudes alors que nous sommes convaincus de la nécessité de le faire ?

Pour répondre à cette question, il convient de définir l’habitude.

Qu’est-ce qu’une habitude ?

Une habitude est un automatisme conditionné au besoin d’adaptation au monde, sur la base d’une limite raisonnable d’économie d’énergie.

Imaginez que vous deviez penser en conscience tous les gestes du quotidien comme respirer, marcher, digérer, conduire, faire du vélo… cela serait tout simplement impossible. Les habitudes sont donc nécessaires à la vie. Elles constituent d’abord un cadre instinctif de fonctionnement. Certaines sont innées, d’autres sont acquises par l’éducation et les modes de vie que nous adoptons et selon les choix bons ou mauvais que nous avons faits.

Nous parlons par exemple d’habitudes alimentaires, d’habitudes et d’actions ou de réaction en fonction des situations. En l’absence de véritables finalités de vie, nous nous laissons conditionner par l’environnement sociétal, les croyances où les modes de consommation du moment qui nous poussent à penser et à agir selon un modèle établi. Nos habitudes de vie sont ainsi les reflets de ces conditionnements et deviennent de véritables mécanismes automatiques.

Comment les habitudes ont-elles tendance à nous gouverner ?

60 000 à 70 000 pensées nous traversent chaque jour.

60 000 à 70 000 pensées nous traversent chaque jour.

Le Dr Joe Dipenza, spécialiste des neurosciences, auteur de Rompre avec soi-même (1), explique avec une précision déconcertante les mécanismes qui nous gouvernent.

60 000 à 70 000 pensées nous traversent chaque jour. 90 % d’entre elles sont identiques à celles de la veille. Ces mêmes pensées alimentent des émotions qui nous poussent à refaire les mêmes choix et à agir selon les mêmes schémas de comportement. Chaque pensée déclenche une émotion qui se reflète dans notre biologie cellulaire qui n’a de cesse de s’adapter pour y correspondre fidèlement. À force de répétitions (pensées et émotions identiques), notre corps se modèle et à l’âge de 40 ans, nous sommes imprégnés de pensées, d’émotions et de comportements ou réactions inconscientes qui fonctionnent automatiquement comme le programme interne d’un ordinateur.

95% de nos attitudes sont des comportements répétitifs. Il ne reste alors que 5% de libre-arbitre pour nous modifier. 5% face à 95 % : Comment relever le défi ?

Ainsi, pour notre corps physique, nos habitudes sont devenues la norme. Face aux changements souhaités, elles se manifestent en nous conditionnant à ne pas changer. Nous nous sommes modifiés chimiquement au point que notre humeur en a été modifiée pour devenir petit à petit un trait de caractère et constituer au final notre personnalité.

Pour le corps, cela fait des années que l’on s’est, jour après jour, modifié et renforcé au point d’en devenir notre identité. Il n’y a donc aucune raison de changer ! Le serviteur a pris la place du maître et veut le rester…

Arrêter de fumer brutalement après des années de tabagisme génère une grande souffrance psychique et physique. À l’instar de la cigarette, faire disparaître l’anxiété, la colère, la peur, la haine, la culpabilité et bien d’autres émotions engendrent également les mêmes effets.

Pendant de nombreuses années, si vous avez entretenu en vous le sentiment de culpabilité, celui-ci a créé un état d’être automatique et un conditionnement corporel. Le corps sait mieux comment rester coupable qu’en sortir et il nous maintient ainsi prisonnier de la culpabilité.

Non seulement nous sommes devenus prisonniers de nos habitudes mais celles-ci se sont transformées en addiction. Comme l’exige la drogue, notre corps réclame quotidiennement sa dose. S’il n’a pas sa dose d’anxiété, de peur, de colère, de culpabilité … il trouvera un bon prétexte pour la recevoir en déclenchant autour de nous la situation qui le permettra. En effet, le corps prend les commandes et génère des pensées qui seront, à notre insu, à l’origine de nos comportements et continueront à renforcer nos habitudes. C’est exactement ce qui se passe lorsque nous faisons inconsciemment un détour pour acheter des cigarettes.

Ainsi, notre vision du réel est modifiée de façon à correspondre à nos addictions. Nous devenons subjectifs, et notre capacité à discerner le vrai de l’illusion diminue peu à peu. Comme les émotions sont rattachées à des expériences du passé, plus elles sont répétées plus elles renforcent en nous-mêmes la présence de notre passé. Ainsi, notre passé devient un éternel présent qui nous empêche de nous projeter vers le futur. Le futur devient une répétition du passé.

Comment sortir de cette boucle d’auto-limitation ?

Changer nos schémas de pensée

Ce qui fonctionne dans un sens fonctionne également dans l’autre sens. Si nous arrivons à penser autrement, à ressentir différemment, nous pourrons, avec patience et persévérance, modifier progressivement l’influence de nos conditionnements et par là-même changer nos comportements. Pour cela, il suffit d’exercer notre attention volontaire à nos pensées, nos émotions et nos comportements. C’est en nous observant que nous pourrons commencer à nos transformer. Plus nous devenons conscients de ce qui se passe en nous, plus notre attention volontaire se renforce, plus nos anciens schémas auront tendance à disparaître. En pensant différemment, en renforçant ces nouvelles pensées en nous et en les ressentant fortement, notre corps commencera à croire qu’il se trouve dans une nouvelle réalité (2) bien que, dans les faits, cela ne soit pas encore le cas.

Il commencera alors à se modifier pour être en adéquation avec ces nouvelles pensées et émotions. Nous serons ainsi enclins à agir en cohérence avec cette nouvelle réalité intérieure qui, peu à peu, deviendra une nouvelle réalité. Des habitudes plus conformes à nos aspirations vont ainsi se former, remplaçant les anciennes qui s’estomperont.

Des finalités de vie cohérentes et harmonieuses

Pour que ces nouvelles habitudes soient plus intelligentes et harmonieuses que les précédentes, faut-il encore que les finalités que nous poursuivons le soient également.

Comment s’y prendre ? L’éducation philosophique entre ainsi en jeu.

L’éducation philosophique peut justement nous amener à nous forger des finalités plus transcendantes, plus belles et plus justes. Changer ses habitudes avant qu’elles ne nous changent, revient ainsi à choisir celles qui sont en lien avec nos aspirations les plus élevées. Nous devenons ainsi davantage maître de notre destin et ces nouvelles habitudes nous y aideront. Sans elles, nous serons influencés par un environnement qui nous conditionnera toujours plus à agir de façon mécanique, tout en nous faisant croire mécaniquement que nous sommes libres de nos choix.

Alors, êtes-vous prêts à changer vos habitudes pour redevenir maître de votre vie ?

Par Léo ROMIO
(1) Publié aux Éditions Ariane, 2013, 350 pages
(2) Lire article de Fernand SCHWARZ, Que savons-nous de la réalité, publié dans le Hors-série de la revue Acropolis n° 3 Science et Philosophie, page 26, édité en aout 2013