Auroville, pour construire une nouvelle conscience

En 1968, Mirra Alfassa (Mirra Richard) plus connue sous le nom de la Mère, disciple spirituelle de Sri Aurobindo, fonda Auroville (ville de l’Aurore), située à une dizaine kilomètres au nord de Pondichéry, dans l’État du Tamil-Nadu en Inde. Ville expérimentale, elle avait pour vocation d’être un lieu de vie communautaire, où hommes et femmes apprendraient à vivre en paix, dans une parfaite harmonie, au-delà de toutes croyances, opinions politiques et nationalités.
En 2018, Auroville célèbre son 50eanniversaire.

 

Dans un premier article nous découvrons la ville d’Auroville, avant d’aborder la commémoration de son cinquantième anniversaire dans un second article.

Actuellement Auroville a 2800 habitants représentant 50 nationalités. Louis Cohen, un architecte du début, rêve dans vingt ans à une ville de 50.000 âmes.

Lors d’une rencontre avec Roger Anger, l’architecte en chef d’Auroville en 1999, celui-ci m’avait évoqué les terribles difficultés des débuts : une terre rouge avec des canyons sans un seul arbre, sans eau, seules quelques maigres huttes de tamils.

Les pionniers d’Auroville

Les premiers Aurovilliens venus d’un peu partout, ont retroussés leur manche et, avec l’aide des villageois tamils, ont au fil des ans construit Auroville aux prix des pires difficultés matérielles. Auroville a subi des vicissitudes, des revers divers et variés mais fête en ce début 2018 son cinquantenaire. Certains pionniers ont tenu l’idéal d’Auroville contre vents et marées. Je m’incline humblement devant eux.

Un hébergement dans la nature pour une société différente

Un hébergement dans la nature pour une société différente

Pionnier d’Auroville, Kireet le Hollandais, spécialiste de l’eau a créé une guest house : Gaïa’s Gardenqui est un vrai paradis sur terre. Avec son épouse coréenne, dont la fonction est l’accueil des visiteurs et qui, elle aussi, arriva ici dans les débuts, ils proposent une qualité d’hébergement sans égale. Tous les deux ont lu Walden ou la vie dans les bois d’Henry David Thoreau, le philosophe dans les bois qui influença Gandhi en son temps, ce même Thoreau qui avait écrit aussi La désobéissance civile, interdit un long moment en France, qui lui aussi avait compris au XIXe siècle la non crédibilité des gouvernants de ce monde. Ces livres furent des « bibles » pour tenter une autre aventure comme celle d’Auroville.

L’éducation et l’économie, fers de lance d’Auroville

Auroville propose, dans de nombreux domaines, desnouveaux moyens de construire une société différente. Les principes idéaux ont été donnés par La Mère, mais doivent être concrétisés.
Nous sommes ici dans un processus progressif, et à ce titre, Auroville est un centre de recherche. On explore ici de nouveaux types d’économie, de gouvernance, d’éducation, de société.

Notamment en ce qui concerne l’éducation, j’ai pu visiter une école à l’ashram sous la guidance de Veena, une très belle âme qui a bien connu La Mère et qui enseigne aux petits. Cette école est un prototype de ce qui se passe à Auroville. Ici pas de notes, pas de diplômes à la sortie mais une attention toute particulière à l’âme de l’enfant et ce, dès son plus jeune âge. Ces enfants se retrouvent parfois à cinq ou six dans la classe ; parfois pris individuellement par l’enseignant. Les élèves de l’ashram et d’Auroville, à leur sortie, ont trouvé sans difficulté des postes de travail partout où ils se sont présentés. « Dans cet endroit ; les enfants pourront croître et se développer intégralement sans perdre le contact avec leur âme » avait-dit La Mère. Le résultat est au-delà de toute espérance.

Un autre secteur vital est celui de l’économie. Claude Jouen qui dirige le « Pavillon de France » à Auroville m’a dit « Les principes sont clairs : pas de propriété privée ; pas de circulation d’argent, le travail y est vu non comme un moyen de gagner sa vie mais comme un moyen de se développer soi-même. »

Auroville possède un fond central qui a pour but de veiller aux besoins matériels de tous les résidents. Il est demandé aux entreprises de verser un pourcentage substantiel de leurs bénéfices au fonds central. Les Aurovilliens, à travers leur travail, créent et maintiennent des biens qui ne sont pas les leurs. Ils peuvent choisir le domaine dans lequel ils travailleront en fonction de leurs capacités et aspirations. Ainsi chaque individu pourra développer les différents aspects de son être, sans considération financière. Certes tout n’est pas totalement abouti mais cela représente une vision du monde radicalement différente de celle d’où nous venons. C’est pourquoi des jeunes du monde entier viennent voir ce qui se passe ici, fortement mécontents des problèmes auxquels ils sont confrontés chez eux. Certains demandent à rester, d’autres repartent puis reviennent.

Le jardin, chemin de vie

Des femmes et des hommes méditent avec les fleurs, communiquent avec elles dans le Gaiä's Garden

Des femmes et des hommes méditent avec les fleurs, communiquent avec elles dans le Gaiä’s Garden

À Gaïa’s Garden, le jardin est un chemin de vie. Dans ce lieu, des fleurs, beaucoup de fleurs, car pour Kireet « la fleur est franche, ce qu’elle a de profond à l’intérieur, elle le laisse sortir, pour que chacun puisse le voir. Elle possède des qualités vibratoires, si bien qu’elle peut communiquer ses pensées, même aux êtres humains.
« Elles symbolisent, dit-il encore, des qualités divines, car elles possèdent un pouvoir et une influence très subtils et profonds. »
Certains dimanches, Kireet organise des séminaires avec des amoureux des fleurs où il explique les multiples qualités de ces végétaux. Aussi ai-je vu des femmes et des hommes méditer avec les fleurs, communiquer avec elles. Une jeune Suédoise aux cheveux dorés parlait à un jasmin, le caressait et lui murmurait des mots d’amour. Plus loin un jeune Indien était en méditation avec un rhododendron. « Les fleurs nous parlent quand nous savons comment les écouter » me disait encore Kireet. Pour rester encore avec la terre, l’agriculture biologique est l’objet de recherches dans de nombreuses fermes d’Auroville. On a aussi créé un jardin botanique où sont menées toutes sortes d’expériences pratiques.

Le centre de Recherche Scientifique d’Auroville (CSR) a développé ses propres systèmes de biogaz en ferrociment ainsi que des systèmes de traitement des eaux qui fonctionnent avec succès. Aquadyn a mis au point une méthode originale pour la purification et la dynamisation de l’eau, qui s’avère être non seulement efficace mais aussi très bénéfique pour la santé. D’autres équipes travaillent dans le domaine des énergies renouvelables, des modes de transport alternatifs (2 roues électriques, par exemple) et des systèmes écologiques de pompage de l’eau comme les éoliennes.

Toutes ces infrastructures sont disséminées dans différents lieux d’Auroville qui, vue du ciel, ressemble à une galaxie. Des forêts ont poussé un peu partout et ces lieux d’activités se découvrent lorsque l’on approfondit l’exploration de cette cité unique au monde.

Le Matrimandir, cœur d’Auroville

Le Matrimandir est un soleil qui s’arrache de la terre.

Le Matrimandir est un soleil qui s’arrache de la terre.

J’ai rencontré Jeanjean, un homme des débuts, qui s’occupe du Matrimandir.

« Le Matrimandir dit-il est un soleil qui s’arrache de la terre. C’est l’idée première »

La description qu’il en donne fait écho à ce « soleil dans l’obscurité » dont les premiers habitants de l’Inde, les Rishis(1), parlent lorsqu’ils évoquent la connaissance de ÇA, la vérité au fond de la matière. Cette connaissance a surgi un jour sur ces terres rouges d’Auroville pour apporter au monde un autre regard, celui de la création.

Car la boule d’or d’Auroville est le lieu sacré. Dans un périmètre de plusieurs hectares, on fait le silence car on vient ici pour se recueillir, se concentrer pour réfléchir plus loin, voir l’avenir. En haut dans la Chambre, existe une qualité de silence introuvable dans aucun autre lieu. Cet endroit est si fort que les larmes me sont venues la première fois que j’y suis entré. Dans cette chambre intérieure, un cristal de 70 cm de diamètre reçoit en permanence un flux solaire, géré par héliostat qui diffuse une douce pénombre propre à la concentration individuelle. Cette chambre est destinée à un temps d’arrêt dans l’agitation du quotidien, à la recherche de l’être psychique, sans qu’aucun rituel ni formule religieuse ne viennent entacher d’aucune façon la quête personnelle de chacun.

La sphère elle-même fait 36 mètres de diamètre, recouverte de disques dorés où émergent douze pétales ; eux-mêmes lieux de concentration plus petits sur des valeurs choisies par La Mère. Le tout est un miracle d’architecture. Vu du ciel, il est le coeur de la spirale de la galaxie.

Le Matrimandir fut commencé en 1971 et terminé seulement en 2008. Il fut construit par les Aurovilliens et les villageois tamils. Comme à Auroville les décisions se prennent avec le consensus absolu de ses habitants, il fut constamment discuté et modifié jusqu’à l’accord total des Aurovilliens.
Sri Aurobindo en avait eu la vision lorsqu’il a dit du Matrimandir : « L’âme silencieuse du monde entier était là. »

Dans un second article nous allons nous pencher sur la cérémonie du 50eanniversaire d’Auroville.

(1) Sages anciens, à la recherche de la Vérité
Par Lionel TARDIF