Alfons Mucha, conduire les hommes vers un chemin de paix et de fraternité universelle

 

Alfons Mucha (1860-1938) (1), fer de lance de l’Art Nouveau, avait la volonté d’améliorer le monde par la beauté de l’art en le rendant accessible au plus grand nombre. Humaniste, il a également œuvré toute sa vie pour conduire l’humanité vers un chemin de paix et de fraternité universelle.

 

Alfons Mucha (1860-1938)

Alfons Mucha (1860-1938)

Trois de ses œuvres résument ainsi son dessein de vie. « Le Pater » ; « l’Épopée slave » et le triptyque inachevé : « L’âge de la raison », « l’âge de l’amour », « l’âge de la sagesse ».

 « Le Pater », chemin de l’humanité vers la lumière de la sagesse

 Le 20 décembre 1899, quatre mois avant l’inauguration de l’Exposition Universelle de Paris, (digne étendard de la transition vers le nouveau siècle), Alfons Mucha édite Le Pater comme un message pour les nouvelles générations.
Mucha divise l’oraison en sept lignes, analyse le sens et donne une interprétation personnelle à chacune d’elles, à travers un trio de trois pages illustrées avec différents styles.
Le frontispice présente une ligne raffinée avec une ornementation symbolique ; la page de texte contient le commentaire de Mucha dans le style d’un manuscrit ; un dessin monochrome représente l’exégèse de l’auteur. (2)
Le texte d’introduction résume la vision de l’évolution humaine selon Mucha qui parle de la transition graduelle des êtres humains depuis l’obscurité de l’ignorance jusqu’à la rencontre avec l’Être Suprême (Dieu) à travers un long parcours dans lequel, guidés par la lumière, ils acquièrent des conditions de spiritualité et de Vérité chaque fois plus hautes. Mucha transcende la vision d’une religion particulière et conçoit Dieu comme une force spirituelle universelle.
La première page dit : « Au sein de la matière dormante, l’homme s’éveille peu à peu, et, péniblement, parvient à se reconnaître. Pour atteindre l’élévation vers l’idéal, il faut que son âme s’oriente, se dégage, quitte la région des ténèbres où le retient son corps.
L’homme de bonne volonté avance lentement vers cette lueur qu’il aperçoit au loin, et, avec lui, entraîne la cohue des êtres, ses semblables Il sait que tous ceux-là sont ses frères, fils d’une même famille, destinés au même avenir, et, dans un élan de filial amour, il nomme cette lumière qui les regarde tous : « Notre Père qui êtes aux Cieux » ».
La dernière page dit : « En conscience absolue de lui-même, maintenant l’homme s’avance dans le rayon de clarté entrevue, vers l’Idéal, foyer lumineux qui l’attire.
Sa volonté, aidée et dirigée par la sollicitude de son guide divin, surmonte les embûches semées par des démons malfaisants, et il arrive, enfin purifié de la matière, et libre face à face avec l’Être Suprême qui l’a éveillé à la vie. »

Mucha conçoit son projet de la fresque monumentale de l'Épopée Slave entre 1899 et 1900 comme " une lumière grande et glorieuse qui, avec ses idéaux purs et ses ardents avertissements, illumine l'esprit de tous les gens " .

Mucha conçoit son projet de la fresque monumentale de l’Épopée Slave entre 1899 et 1900 comme  » une lumière grande et glorieuse qui, avec ses idéaux purs et ses ardents avertissements, illumine l’esprit de tous les gens  » .

« L’Épopée Slave », hommage à sa patrie terrestre

Mucha conçoit son projet de la fresque monumentale de l’Épopée Slave entre 1899 et 1900 comme « une lumière grande et glorieuse qui, avec ses idéaux purs et ses ardents avertissements, illumine l’esprit de tous les gens » (3).
Bien que les tableaux fassent allusion au passé, l’œuvre était conçue comme un moyen de transmettre le message messianique de l’artiste, pour que les slaves apprennent de leur propre histoire.

Entre 1904 et et 1909, Mucha réalisa cinq voyages aux États-Unis pour réunir les fonds pour son projet. Il aura l’appui des slavophiles tels que Charles R. Crane, Tomas Garrigue Masaryk, (philosophe qui devint le premier président de la Tchécoslovaquie) et également Woodrow Wilson (intéressé par les questions politiques de l’Europe Centrale) qui, une fois devenu président des États-Unis, appuya l’indépendance de la Tchécoslovaquie.
Alfons Mucha réalisa son œuvre entre 1911 et 1928. Il la remit à la ville de Prague à l’occasion du 10° anniversaire de l’indépendance de la Tchécoslovaquie. Les tableaux sont conservés aujourd’hui au château de Moravský-Krumlov.
Il dira à cette occasion : « Je suis convaincu que l’évolution de chaque peuple ne peut progresser avec succès que si elle pousse d’une façon organique et ininterrompue ses propres racines […] L’objectif de mon travail est d’unir, car nous devons abriter l’espoir commun que l’humanité marche ensemble et cela sera plus facile si l’on avance dans la compréhension réciproque. » (4)

La vision de Mucha était idéaliste et utopiste, car il voyait une grande union de toute la famille slave. Sa vision de l’histoire s’inspirait de l’historien tchèque F. Palacky, qui concevait l’histoire comme un mouvement organique, où les idées, comme directrices du développement s’entrelaçaient à la réalité. Il identifiait comme vertus des slaves l’amour de la liberté, la démocratie, l’égalité et le pacifisme. Cela apparaît dans l’œuvre, qui n’exalte pas l’image de la guerre avec son horreur et sa violence.

L’Apothéose des Slaves est le tableau qui représente l’indépendance de 1918, avec la figure imposante d’un jeune homme qui symbolise la naissante nation tchèque. Il est entouré des personnages qui célèbrent cet événement. Une lumière émerge de la spirale du passé, traverse les temps avec leurs peines et leurs joies jusqu’à atteindre le centre de la composition. Plus haut, la figure d’une jeune femme qui protège une flamme, symbolise la lumière de l’espérance.

« L’âge de la raison », « l’âge de l’amour », « l’âge de la sagesse » triptyque inachevé

Dans ce travail commencé en 1936, l’intention de l’artiste était, dans l’éventualité d’une guerre, devenant de plus en plus prégnante, que puissent surgir trois principes clés de l’humanité : la raison, la sagesse et l’amour, dont leur combinaison harmonieuse favoriserait le progrès spirituel de l’être humain.
Le propre des visionnaires est de ramener un avant-goût du futur au présent. C’est ce que Mucha voulut faire à travers ce triptyque où il dépasse la notion d’union au niveau d’un peuple pour l’élargir à la famille humaine toute entière. Allégoriquement, on peut comprendre que ce triptyque restât inachevé, car ce programme est loin d’être réalisé de nos jours pour l’ensemble de l’humanité.

En 1939 les chars allemands envahissent Prague. Peu de temps après, Mucha meurt laissant son œuvre incomplète.
Néanmoins, la lumière de l’espoir continue à éclairer le cœur des hommes, comme depuis les temps lointains de Pandore.

(1) Lire l’article Alfons Mucha, fer de lance de l’Art nouveau dans la revue Acropolis de Janvier 2018 (N°292)
(2) on peut consulter l’ouvrage dans la BNF : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k10656206/f7.item.zoom
(3) Alfons Mucha, Tomoko Sato, Éditions Arthemisia Books, 2017, page 24 (ouvrage en espagnol)
(4) Opus cité, page 24
par Laura WINCKLER
Illustrations
Le Pater 1
Le Pater 7
L’Apothéose des Slaves (Revoir le début)
L’âge de la raison, l’âge de l’amour, l’âge de la sagesse

 

  • Le 31 janvier 2018
  • Art