À l’est d’Eden de Élia Kazan

Une version moderne du mythe de Caïn et Abel, se disputant l’amour d’une même jeune fille.

À l'est d'Eden, d'Elia Kazan

À l’est d’Eden, d’Elia Kazan

Adaptée de John Steinbeck, cette histoire de deux frères dominés par un père autoritaire, qui se disputent l’amour d’une jeune fille se situe en 1917. Cette oeuvre vibre de résonances bibliques, le mythe de Caïn et Abel. Caïn le fils incompris que Dieu avait voulu mettre à l’épreuve fut chassé par lui (le Père) au pays de Nord à l’orient d’Éden. Avec cette allégorie du mythe, Élia Kazan nous livre une histoire bouleversante. Il l’inscrit dans cette Amérique qui s’engage dans la guerre de 1914 /1918 pour défendre le grand capital. Il y met en place des repères sociaux très précis et pose un regard sans concession sur son pays d’adoption. Ce fut le premier film de James Dean qui va construire ici une partie de sa légende : Élia Kazan comprit tout de lui et il dira notamment «Je trouvais qu’il avait un visage très poétique, un visage beau et très douloureux». Quant à Julie Harris, comédienne qui passa comme une étoile filante dans le firmament du septième Art, Élia Kazan (1) fut ému aux larmes devant elle. «De tous les visages de femmes que j’ai vus, c’est le sien qui exprime le plus de compassion et de compréhension pour la souffrance». C’est elle à la fin qui exprime avec une force inoubliable que l’amour est si important pour construire un être humain.

Le film est aussi une critique sans concession des profiteurs de guerre. Le soitdisant mauvais fils dit au père. «Tu te trouves papa en face d’un racket très dur, je jouerai le jeu de ce racket pour une fois, et pour une fois c’est toi qui gagneras l’argent». La corruption a fait beaucoup de fortunes pendant la guerre et c’est ce que fait le père, grand maraîcher avec les plantations de haricots en achetant quelque chose à l’avance pour telle somme et en en tirant une somme beaucoup plus élevée. Et élia Kazan ajoute «ce pays se battait pour assurer la survie de la démocratie, mais il était en même temps corrompu par la philosophie de l’argent qui le gouvernait.» À l’Est d’Éden, paru en 1954, est le premier film en couleurs et en scope d’Élia Kazan, secondé par le grand directeur de la photographie Ted Mac Cord. «J’y ai de nouveau exprimé – dit Kazan – tout mon amour de la nature, nature également chère à John Steinbeck». Les descriptions de la vallée de Solinas au matin, la côte, les arbres, les champs de haricots montrent à quel point le réalisateur est relié à la nature. Kazan dira que ce film fut aussi pour lui un moment d’analyse psychologique vis-à-vis de son propre père.

Voici quelques éléments pour comprendre toute la richesse de À l’Est d’Éden, film virage dans l’oeuvre immense d’Élia Kazan. Il créa avec Lee Strasberg l’Actors Studio qui forma tout un groupe d’acteurs prestigieux dont Marlon Brando.

Acteurs du film À l’Est d’Eden : James Dean, Julie Harris, Jo Van Fleet, Raymond Massey, Richard Davalos (1) Elias Kazantzoglou, dit Élia Kazan (1909-2003), réalisateur, metteur en scène de théâtre et écrivain américain, d’origine grecque. Auteur entre autres de, Un tramway nommé désir, Viva Zapata, Sur les quais, Un homme dans la foule, Le fleuve sauvage, La fièvre dans le sang, America, america

Mardi 18 février 2015 à 19 h 

Espace Daniel Sorano 16, rue Charles Pathé – 94 300 Vincennes – Tel : 01 43 74 73 74 – www.espacesorano.com