21 décembre 2012 Fin du monde ou renaissance ?

Ces derniers temps, la civilisation des Mayas a été à l’honneur, car les complexes et longs calendriers des Mayas prévoyaient la fin de leur cinquième ère de 5125 ans le 21 décembre 2012 (1).

Un certain nombre de «spécialistes», d’une pensée «neo-maya», comme José Argüelles, avec Le Facteur Maya (2), ont élaboré une vaste théorie des catastrophes très précises qui pendaient sur nos têtes et aussi des opportunités d’un sursaut «quantique» de la conscience à l’échelle galactique.
Si nous lisons cet article, c’est que l’heure fatidique a sonné et nous restons bien vivants et apparemment hors de tous les dangers cosmiques qui nous menaçaient et sans avoir subi une mutation radicale irréversible de nos consciences. Mais, en sommes-nous si sûrs ? Sommes-nous hors de tout danger et de toute mutation ?

Le calendrier Maya a annoncé la fin du monde pour le 21 décembre 2012. S’agit-il d’une vérité ou d’un canular ? La fin du monde ou la fin d’un monde ?

Le calendrier Maya a annoncé la fin du monde pour le 21 décembre 2012. S’agit-il d’une vérité ou d’un canular ? La fin du monde ou la fin d’un monde ?

Malheureusement, fidèle à la devise homo lupus homini (l’homme est un loup pour l’homme), l’humanité continue en grande partie à s’autodétruire à travers de guerres sanglantes et barbares et un traitement insensé des ressources de la planète que nous continuons à exploiter comme si elle était notre propriété. La nature réagit et nous assistons en effet à une accélération de catastrophes naturelles qui mettent chaque fois plus en danger nos villes côtières entre autres. Les ressources diminuent, les coûts augmentent, les migrations de toute sorte s’accélèrent. Tout cela avec un accroissement devenu exponentiel de la population humaine sur une planète qui n’est pas extensible et qui nous donne de nombreux signes de fatigue et d’usure.

À la lumière de cette réalité, de nombreux «21 décembre» sont apparus soudainement dans la vie des humains : le tremblement de terre à Haïti a démoli tout un pays déjà faible ; le tsunami de Fukushima au Japon a touché un pays riche en lui faisant perdre son assurance ; des cyclones dévastateurs dans les zones des Caraïbes arrivent jusqu’à New York en endommageant le métro et le système électrique ; des inondations gigantesques en Inde, au Pakistan ou en Chine. En effet, la catastrophe n’apparaît pas d’un seul coup sur toute notre planète mais nous ne sommes plus à l’abri des dysfonctionnements que nous avons provoqués en grande partie par nos propres négligences.

 La sagesse des Mayas

Dans ce contexte, est-il possible d’écouter le véritable message des mayas ? Que voulaient-ils nous transmettre avec leur profonde connaissance des cycles de la nature et du vivant ?
Comme de nombreuses civilisations anciennes, les Mayas concevaient la relation entre les cycles de l’histoire et les cycles cosmiques au rythme du mouvement des étoiles et des planètes ainsi que par le cycle terrestre des saisons. Ils ont constaté l’évolution cyclique de la vie avec des phases de naissance, épanouissement, mort et renaissance et ont déduit qu’il en était de même pour l’humanité. Et ils considéraient que cette évolution avait une signification qui dépassait la simple dimension biologique. Une dimension spirituelle, invisible mais présente donne tout son sens à ce jeu d’alternances des formes dans le jeu de la vie. Donc, pour eux, comme pour toutes les hautes civilisations initiatiques, l’évolution de la conscience est ce qui est en jeu à travers la danse de la vie et de la mort.

Cette vision cyclique ne nie pas l’idée de progression, profondément ressentie par l’homme comme le besoin de se dépasser et d’aller toujours plus haut et plus loin. Mais cette progression se fait, comme il arrive à notre planète Terre ou au Soleil, en tournant autour d’un centre stellaire pour l’une et galactique pour l’autre. Ce double mouvement courbe et ascensionnel est celui de la spirale ou le septième mouvement dont parlait déjà Platon. Il conduit par l’ascension de l’Hélicon, la montagne magique (3), vers l’accomplissement de l’humanité dans la Sagesse.

Mais assumer la fin d’une civilisation, lorsque nous en faisons partie, peut devenir très difficile si nous avons été éduqués (voire conditionnés) dans l’utopie d’un éternel progrès. Notre postmodernité a pris conscience après l’année 2000 que le mythe du progrès comportait un bon nombre de failles et qu’il était difficile d’affirmer avec autant de panache que le XXe siècle était plus avancé que les siècles précédents par nos prouesses scientifiques et techniques. Au niveau humain, ce fut un des siècles les plus mortifères (4) et mortiphobes (5) que l’on ait connu.

Au XXIe siècle nous nous trouvons confrontés à cette interrogation qui surgit du plus profond de notre inconscient collectif : oui, nous assistons à la fin d’un monde et il est urgent de préparer une nouvelle Renaissance.

 

Tout en constatant la mort rôder autour de lui, il garde, telle Pandore dans sa boîte magique, l’espoir, l’intuition profonde que derrière chaque automne, se prépare un nouveau printemps.

Tout en constatant la mort rôder autour de lui, il garde, telle Pandore dans sa boîte magique, l’espoir, l’intuition profonde que derrière chaque automne, se prépare un nouveau printemps.

Une nouvelle renaissance

Tel est le paradoxe de l’humain qui est finalement profondément ancré dans les lois de la nature. Tout en constatant la mort rôder autour de lui, il garde, telle Pandore dans sa boîte magique (6), l’espoir, l’intuition profonde que derrière chaque automne, se prépare un nouveau printemps. Mais pour que celui-ci surgisse, nous devons traverser un sombre hiver. Un temps où les graines profondément enfouies commencent leur remontée vers la lumière, tout comme le Soleil, dont la durée du jour augmente imperceptiblement chaque jour à partir du solstice d’hiver (nuit la plus longue et jour le plus court).

Ainsi, naître, s’épanouir, mourir et renaître est le propre de l’homme et des civilisations. Les individus renaissent par leur descendance, les civilisations se fécondent les unes les autres. L’essentiel est, nous diraient les sages mayas, que ces êtres humains soient prêts à transmettre le meilleur d’eux-mêmes aux générations futures, qu’ils puissent accomplir des œuvres durables et belles et inspiratrices, promulguer des lois justes et qu’ils puissent transmettre le sentiment d’appartenir à une même famille qui est l’humanité.

2012, un commencement plutôt qu’une fin ?

Le XXIe siècle ne tient pas toutes les promesses de paix, de bonheur et de progrès promis depuis le XVIIIe siècle par les grands «visionnaires» de l’Occident. Nous sentons qu’un modèle est arrivé à son terme et que nous devons changer de paradigme (7). Les nouvelles découvertes de la science vont dans ce sens et nous devons entièrement tout repenser dans une logique de vie, énergie, solidarité et interaction et non pas de mort, matière, inertie et séparation.

Il est urgent de changer notre vision de l’homme et de la nature et dans ce domaine, les Anciens peuvent nous donner de nombreux enseignements. Les Mayas pensaient que les systèmes fondés sur la peur entraient des crises et que nous devions faire naître une humanité plus libre, plus courageuse et moins dogmatique. Les changements rapides qui arrivent entraînent la nécessité de nous renouveler à tous les niveaux. Le temps est une source de transformation et assumer les cycles c’est transformer l’expérience en Sagesse. Il faut chercher des changements profonds dans l’esprit et le cœur de l’individu et celui-ci doit se sentir partie d’un Tout vivant et organique et pas d’un univers mort et insignifiant (sans sens). Les changements du monde commencent par le changement de chaque individu. Nous devons aspirer à l’Union qui est la trame indivisible de l’énergie. Pour parvenir à rendre possible ce qui semble impossible, il faut une véritable et profonde ouverture de la conscience. C’est par notre imagination créatrice que nous forgerons ce monde plus beau et plus juste auquel nos cœurs aspirent.

Individuellement, nous devons devenir les acteurs de transformation, en permettant une authentique émergence de l’individu, capable de se connaître intimement lui-même et de connaître les lois de la nature.

Collectivement, il nous faut passer de l’illusion de l’abondance à la réalité de la rareté. Nous devons préserver la biodiversité et nous adapter. Nous devons être conscients de notre communauté de destin humain et terrestre, concevoir un progrès organique qui allie cyclicité et progression, changer nos mentalités au niveau de nos pensées, paroles et actions pour changer la réalité. Enfin, nous devons promouvoir un nouvel humanisme.

Cela implique d’accepter de mourir au passé pour renaître à un nouvel état de conscience, un nouveau mode de relation entre les individus et à une nouvelle place pour l’homme éveillé qui éclaire la nature par le regard de l’esprit.

Comme disait Martin Luther (8) «Si l’on m’apprenait que la fin du monde est pour demain, je planterais quand même un pommier».

 Par Laura WINCKLER

(1)Voir article de la revue Acropolis n°217 – mars 2011
(2) José ARGÜELLES, Le Facteur maya, éditions Ariane, 2010, 288 pages
(3) Montagne grecque tortueuse située en Béotie, une des demeures des Muses
(4) qui apporte la mort
(5) qui a peur de la mort
(6) Dans la mythologie grecque, Pandore est la première femme de Epiméthée, frère de Prométhée. Associée à Anésidora, «celle qui fait sortir les présents des profondeurs», «Déesse de la terre qui préside à la fécondité».Une fois installée comme épouse, Pandore céda à la curiosité et ouvrit une boîte, contre l’interdiction de Zeus, libérant tous les maux qui y étaient contenus
(7) Représentation du monde, modèle cohérent de vision du monde qui repose sur une base définie (matrice disciplinaire, modèle théorique ou courant de pensée)
(8) Moine augustin (1483-1546), allemand, théologien, professeur d’université, père du protestantisme, réformateur de l’Église dont les idées exercèrent une grande influence sur la Réforme protestante, qui changea le cours de la civilisation occidentale