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[caption id="attachment_6441" align="alignleft" width="193"]Trinh Xuan Thuan auteur de "Une nuit" . Trinh Xuan Thuan auteur de "Une nuit" .[/caption] L’auteur nous livre sa clarté scientifique et son émerveillement de poète devant ce que lui inspire une nuit d’observation sur le site de Mauna Kea (1) en plein océan Pacifique à 4000 mètres d’altitude avec les plus puissants télescopes du monde. Acropolis : Avec le titre à la consonance plus poétique que scientifique « Une Nuit », auriez-vous le souhait de vous démarquer de vos ouvrages précédents ? TRINH XUAN Thuan : En effet, mes autres livres sont généralement des essais scientifiques où je développe un thème particulier en profondeur et où je parle beaucoup moins de mon travail d’astronome de façon personnelle. Les éditions Iconoclaste m’ont proposé d’écrire un livre sur ma vie d’observateur du ciel et de « recueilleur de lumière ».J’ai été séduit par l’idée. J’ai voulu tenter l’aventure et Une nuit (2) est né. A : Pourquoi le titre « Une nuit » ? T.X.T. : Parce qu’en tant qu’astrophysicien, lors d’une nuit, du crépuscule à l’aube, je recueille et décode la lumière du cosmos. Lorsque la NASA (3) vous accorde le temps et l’opportunité de pouvoir utiliser les plus grands télescopes du monde sur les îles Hawaï, une nuit d’observation du ciel prend un tout autre visage. Le silence de la nuit, la beauté du ciel, la lumière des étoiles s’emparent de vous et vous n’êtes plus uniquement un astrophysicien avec ses équations mathématiques mais une poésie indicible s’installe en vous et s’empare de vous. Un sentiment de connexion cosmique vous remplit. C’est ce que j’ai vécu lors de mes différents séjours à l’observatoire de Mauna Kea. C’est cela que j’ai voulu raconter. A. : Comment qualifiez-vous votre livre ? [caption id="attachment_6443" align="alignright" width="140"]Saint-Jean de la Croix parle de la nuit mystique. Saint-Jean de la Croix parle de la nuit mystique.[/caption] T.X.T. : Ce livre est plus personnel que les précédents. Il met plus en scène ma sensibilité d’homme face à la splendeur céleste sans que je ne cesse pour autant de m’interroger sur les questions scientifiques et métaphysiques que la beauté et l’harmonie du cosmos m’inspirent. Mais la nuit n’est pas seulement scientifique et poétique. Elle peut aussi regorger de menaces. En fait, quand j’ai grandi au Vietnam, pendant les dix-huit premières années de mon existence, la nuit était souvent synonyme de guerre et de mort. Ce n’est que quand je suis allé en Suisse et en Amérique pour poursuivre mes études supérieures que j’ai appris à connaître la douceur et la paix de la nuit. La nuit est aussi le temps des amants et des rêves aussi bien que celui de la foi, Saint-Jean de la Croix (4) parle, par exemple, de la nuit mystique. Tous ces autres aspects de la nuit sont aussi abordés dans mon livre. A. : En tant qu’astrophysicien et homme de sensibilité qu’évoque la nuit pour vous ? [caption id="attachment_6442" align="aligncenter" width="890"] Le silence de la nuit, la beauté du ciel, la lumière des étoiles s'emparent de vous.[/caption] T.X.T. : Le livre raconte les trois parties de la nuit qui rythment l’activité de l’astrophysicien dans un observatoire, face à l’univers. Il explore aussi les réflexions scientifiques et philosophiques que l’observation du ciel étoilé qui semble se perdre à l’infini suscite. J’aborde des questions telles que : pourquoi la nuit est-elle noire ? Combien y a-t-il d’étoiles et de galaxies dans l’univers ? Y a-t-il une vie et une intelligence extraterrestre ? Sommes-nous des poussières d’étoiles ? L’univers se comporte-t-il selon les principes d’interdépendance et d’impermanence que j’ai appris avec le bouddhisme ?...  A. : Que pouvez-vous nous dire des trois parties qui donnent vie à « Une Nuit » ?  T.X.T. : La première partie du livre évoque la tombée de la nuit avec le soleil qui se couche et qui plonge dans la couche de nuages en dessous du sommet du volcan endormi. L’œil est ébloui par un festival extraordinaire de couleurs. On se croit flotter dans l’espace. Avec le crépuscule apparaît la Lune mais aussi quelques planètes, puis vient une myriade d’étoiles. La poésie cosmique se met en scène. Me voilà seul, immergé dans un silence absolu. Plongé dans cette immensité, porté par le mystère de la nuit un sentiment contradictoire s’éveille en moi celui, de la solitude mêlée à la plénitude. Puis vient le cœur de la nuit. Là, j’y exerce mon métier d’astrophysicien, celui de cueilleur de lumière. Je communie avec elle, j’analyse ce qu’elle me dit. La troisième partie parle de la fin de la nuit et avec l’apparition de l’aube, c’est le soleil qui se lève. Je pars me reposer et prendre des forces pour la nuit prochaine. Beauté et interrogation viennent me bercer. Pendant trois nuits, je vivrai dans l’ivresse de ce rythme. A. : Avec le titre « Une Nuit » une question d’enfant se pose : pourquoi la nuit est-elle noire ? [caption id="attachment_6444" align="alignleft" width="203"]Johannes Kepler (5) au XVIIe siècle propose que l'univers ne soit pas infini en taille et qu'il ne contient pas une infinité d'étoiles. Johannes Kepler (5) au XVIIe siècle propose que l'univers ne soit pas infini en taille et qu'il ne contient pas une infinité d'étoiles.[/caption]  T.X.T. : Détrompez-vous, cette question est beaucoup plus profonde que l’on ne le pense. En effet si l’univers était infini, il contiendrait une infinité d’étoiles, et le regard où qu’il se porte vers le ciel, devrait rencontrer la surface d’une étoile, et la nuit devrait être tout aussi lumineuse que le jour. Johannes Kepler (5) au XVIIe siècle est le premier à apporter un élément de réponse.  Il propose que l’univers ne soit pas infini en taille et qu’il ne contient pas une infinité d’étoiles. Mais moins d’un siècle plus tard, l’hypothèse d’un univers infini refait surface avec Isaac Newton (6) et sa théorie de la gravitation universelle, et de nouveau le problème de la nuit noire se pose. Ensuite, on a suggéré d’autres explications, notamment que la lumière pouvait être absorbée par la poussière. Mais ce raisonnement ne tient pas car tout ce qui est absorbé doit être réémis. La lumière ne se perd pas. A. : Vous nous dites que c’est un homme de lettres qui apporte la réponse à la question de la nuit noire ?  T.X.T. : En effet, contre toute attente la bonne solution est venue en 1848 d’un poète américain, le père du roman policier Edgar Allan Poe (1809-1849). Passionné de cosmologie, dans son poème en prose Euréka (1848), il fait preuve d’une intuition fulgurante. Selon Poe, le ciel est noir, non pas parce que l’univers est limité dans l’espace comme le pensait Kepler, mais parce qu’il l’est dans le temps. Ainsi, la lumière des objets célestes les plus éloignés n’a pas le temps de nous parvenir et voilà pourquoi la nuit est noire. L’explication d’Edgar Poe restera lettre morte pendant plus d’un siècle. Elle refera surface avec la théorie du Big Bang qui suppose un début dans le temps. Avec la découverte du rayonnement fossile en 1965 qui assoit la théorie du Big Bang sur une base observationnelle solide, l’intuition prémonitoire du poète est confirmée scientifiquement.  A. : Dans le livre vous abordez le danger de la pollution lumineuse qui nous coupe de la nuit noire. Que pouvez-vous nous en dire ?  T.X.T. : Nos ancêtres vivaient au rythme du ciel. Aujourd’hui avec la lumière artificielle, notre rythme circadien (7) est perturbé. Parce que notre éclairage n’obéit plus aux rythmes du Soleil et de la Lune, nous avons perdu le contact intime avec le ciel et la nature, ce qui constitue à mon sens une déperdition considérable. La lumière artificielle déstabilise aussi la faune et la flore. Aimer la nuit, c’est protéger l’émotion éminemment poétique et spirituelle qui nous lie à l’univers.  A. : La poésie du ciel est-elle rompue ?  T.X.T. : La poésie certainement, mais surtout ce sentiment de connexion cosmique qui est très important pour l’équilibre de l’Homme. Je pense que bien souvent, le ciel console quand nous avons des malheurs dans notre vie quotidienne. La contemplation du ciel nous met du baume au cœur. C’est une perte immense pour l’humanité si cette connexion est rompue.  A. : La lecture du livre « Une Nuit » nous interroge sur notre place dans l’univers et la responsabilité que nous avons en tant qu’être humain. Qu’aimeriez-vous nous dire ?  T.X.T. : Tout d’abord je voudrais citer une pensée de Van Gogh qui est dans mon livre et qui apporte un élément de réponse à votre question. « J’ai un besoin terrible — dirai-je le mot — de religion, alors je vais la nuit dehors pour peindre les étoiles ». L’astrophysique moderne a mis en évidence l’intime connexion de l’homme avec l’univers : Nous sommes tous interdépendants car nous sommes tous les enfants des étoiles. Savoir que nous sommes interdépendants, tous connectés à travers l’espace et le temps, a une conséquence morale et éthique profonde qui touche à notre sentiment de compassion et d’empathie. Le mur que notre esprit a dressé entre « moi » et « autrui » n’est qu’illusion ; notre bonheur dépend de celui des autres. Enfin je conclurai notre entretien avec cette pensée d’Emmanuel Kant que j’ai citée dans Une Nuit et qui résume bien l’esprit du livre : « Deux choses remplissent l’esprit d’une admiration et d’une vénération toujours nouvelles et croissantes […] : le ciel étoilé au-dessus de moi et la loi morale en moi ».
(1) Ensemble d’observatoires astronomiques indépendants comptant quelques-uns des télescopes les plus grands et les puissants du monde, situés au sommet du volcan bouclier endormi de Mauna Kea, (dans une zone de 2 km2) sur l’île d’Hawaï (2) Paru aux Éditions L’Iconoclaste, 2017, 247 pages (3) NASA : National Aeronautics and Space Administration, agence gouvernementale qui responsable de la majeure partie du programme spatial civil des États-Unis (4) Prêtre de l’ordre Carmel (1542-1591), réformateur, écrivain mystique, saint et docteur de l’Église. Il est considéré comme l’un des plus importants poètes lyriques de la littérature espagnole. Il a écrit notamment, La nuit obscure, Les cantiques spirituels (5) Astronome allemand (1571-1630) qui a étudié l’hypothèse héliocentrique de l’astronome polonais Nicolas Copernic (1473-1543). Il a découvert les relations mathématiques dites Lois de Kepler qui régissent les mouvements des planètes sur leur orbite (6) Astronome anglais (1643-1727) découvreur entre autres de la théorie de la gravitation universelle (7) Rythme de 24 heures défini par la rotation de la Terre
Propos recueillis par Olivier LARRÈGLE

À lire

Et si Einstein s’était trompé sur un point capital dans son analyse aboutissant à la relativité restreinte ? Vers une approche relationnelle de l’espace-temps                                                         Par Philippe de BELLESCIZE Les Éditions Chapitres.Com , 2017, 52 pages, 15 €
L’auteur tente de démontrer qu’il ne peut pas exister de relativité de la simultanéité au niveau physique, mais plutôt une simultanéité absolue, et que, de ce fait, la vitesse de la lumière ne peut pas être dans tous les cas de figure invariante. Ce qui change complètement notre notion de l’espace-temps. Il faudrait plutôt envisager une conception relationnelle, c’est-à-dire envisager que ce soit la relation entre les corps qui permettent à l’espace-temps d’exister, l’espace n’étant plus un contenant différencié. Une révolution pour la physique en perspective et une nouvelle vision philosophique du monde.
 

Christian Maréchal, éducateur de la Classe Montessori à Roubaix, objet du film.
Rencontre avec Alexandre Mourot, réalisateur du Film Le Maître est l’enfant

La pédagogie Montessori, le respect du développement de l’enfant

Le 27 septembre, le film « Le Maître est l’enfant » est sorti dans les salles de cinéma en France. Alexandre Mourot, le réalisateur, a filmé pendant près d’un an la classe de maternelle de Christian Maréchal à l’école Jeanne d’Arc de Roubaix, pratiquant la pédagogie Montessori depuis 1946. Une expérience riche en observations et en découvertes.

Quand il est devenu père, Alexandre Mourot s’est intéressé de très près à différentes méthodes d’éducation proposées pour l’enfant : travaux d’Emmi Pikker (1), de Rudolph Steiner (2), des époux Freinet (3) et Maria Montessori (4). Ce qui l’a particulièrement intéressé dans les écrits de cette dernière, médecin-psychiatre, anthropologue et pédagogue est que son projet concerne non seulement toute la période de développement de l'enfant, de l'enfance à l’âge adulte (jusqu’à 24 ans), mais qu'elle place son travail dans une perspective humaniste, et croit au rôle central de l'éducation dans la construction d'un monde nouveau. Il est donc question dans ses travaux autant d’éducation, que de citoyenneté, de paix, du respect des hommes et de la planète. Autant de valeurs qu’Alexandre Mourot a voulu faire apparaître dans son film. Il s’est lui-même formé à la méthode Montessori en Espagne. [caption id="attachment_6234" align="aligncenter" width="464"]Alexander Mourot, réalisateur du Film "Le Maître est l'enfant" Alexander Mourot, réalisateur du Film "Le Maître est l'enfant"[/caption] Acropolis : Comment s’est passé le tournage du film ? Comment avez-vous fait pour que les enfants ne soient pas dérangés, comme on le voit très bien dans le film ?  Alexandre Mourot : Au début, je me suis mis en posture d’observation, spectateur de ce qui se passait dans la classe. J’ai pris quelques photos et puis j’ai commencé à tourner avec une petite caméra. Les enfants ont accepté ma présence dès le début. De plus, ils sont habitués à être observés et à se concentrer. Dans la deuxième partie du film, on observe les enfants sans que l’éducateur soit présent. Ce qui intéressait Montessori c’était de voir les manifestations spontanées de l’enfant et de voir comment on pouvait les provoquer, les aider à se manifester. Elle a observé que les enfants étaient poussés spontanément par un « maître intérieur » à se construire eux-mêmes. Spontanément l’enfant se met à marcher et à écrire, à dessiner. Montessori propose à l’enfant un environnement qui favorise cette spontanéité avec des objets adéquats. A : Dans le film, on voit des objets de la vie quotidienne (évier, vaisselle…) et des objets plus didactiques (livres, alphabets, bouliers pour compter). J’ai lu dans le dossier de presse que les objets qu’elle a proposé dans sa première école en Italie sont à peu près les mêmes que ceux que l’on trouve actuellement dans les écoles Montessori. A.M. : Montessori a développé elle-même du matériel et a même repris des objets conçus par Edouard Seguin (5). Les objets de Montessori sont étalonnés et répertoriés. A. : A quelles scènes êtes-vous particulièrement attaché dans le film ? [caption id="attachment_6235" align="alignleft" width="199"]Transvasement du riz d'un pot à un autre Transvasement du riz d'un pot à un autre[/caption] A.M. : Dès les premières images tournées, j’ai été fasciné par une scène que l'on retrouve dans le film « le transvasement du riz » d’un pot à l’autre par Géraud, qui semblait captivé par cette activité. Cette scène est extraordinaire car elle est très loin de l’enseignement académique. On n’apprend pas à l’enfant les chiffres et les lettres, on lui apprend quelque chose qui semble essentiel à sa vie. Et j’ai vu à quel point Géraud était fasciné, absorbé par le mystère de cette tâche. Cette scène m’a profondément bouleversé et pour moi, elle est toujours magique, à chaque fois que je la regarde. Elle déconstruit tout ce qu’on admet couramment à propos de l’éducation et de la « transmission », tout ce qu’on propose aux enfants et comment on le propose. Dans la pédagogie Montessori, on peut ainsi montrer à l’enfant des choses quotidiennes, pour qu’il s’en imprègne, avec des gestes lents (par exemple comment remettre du papier toilettes). La qualité de la rencontre avec l’enfant et de ses besoins est quelque chose qu’il savoure et il s’en délecte. A. : Que vous a montré cette scène ? A.M. : Le développement de l’enfant ne passe pas par des savoirs académiques. Pour se construire en tant qu’individu, l’enfant a besoin de beaucoup d’autres choses. Il a un fort besoin de savoir, de manipuler avec aisance. Ce savoir est guidé par le « maître intérieur » qui va nourrir l’enfant, développer sa confiance en lui et permettre sa construction. A. : Pouvez-vous définir ce « maître intérieur » ? A.M :  Le maître intérieur est ce qui pousse l’enfant vers sa propre construction. L’enfant naît avec des instincts et des aptitudes innées et une volonté de s’adapter au monde qui l’entoure. Ses aptitudes naissantes vont petit à petit émerger, se développer et se réaliser, si dans son environnement on lui propose des activités qui les nourrissent. C’est ça le maître intérieur. Celui-ci lui fait choisir ce dont il a besoin. C’est pour cette raison que l’environnement préconisé par Montessori comporte de nombreux objets. Le maître intérieur correspond tout à la fois aux besoins fondamentaux innés mais également aux « tendances » (besoin d’orientation, de travailler, de se construire, l’esprit mathématique, l’imitation de ses parents dans les gestes quotidiens pour faire comme eux plus tard). Dans le film on le voit bien avec la scène du transvasement. A : Montessori parle d’une activité comme un travail. Pouvez-vous préciser ? [caption id="attachment_6236" align="alignright" width="370"]Dans le film, une petite fille joue avec des crayons de couleur. Elle les fait passer entre ses doigts. Dans le film, une petite fille
joue avec des crayons de couleur.
Elle les fait passer entre ses doigts.[/caption] A.M : L’enfant « travaille » le plus possible car son but est de se construire et de se développer. Il y prend un vrai plaisir. Qu’est-ce que l’enfant travaille quand il fait quelque chose ? Dans le film, une petite fille joue avec des crayons de couleur. Elle les fait passer entre ses doigts. Adulte nous ne faisons plus ce geste mais l’enfant, lui, doit travailler sa dextérité. Je ressens que c’est un travail. Il le fait avec une telle concentration, un tel intérêt, qu’il y a un mystère derrière tout cela. Cela le construit. Le travail chez Montessori c’est donner du sens, une valeur aux actions de l’enfant. L’enfant est motivé par son action quand elle est intéressante. Il y a un contrôle de l’erreur, un défi que l’enfant doit surmonter. A : Vous expliquez que chez Montessori, l’enfant a le droit de se tromper de recommencer, alors qu’à l’école conventionnelle il est sanctionné quand il se trompe. Et vous dites également que dans l’école conventionnelle on attend des résultats alors que chez Montessori, les résultats doivent être obtenus de façon totalement spontanée. A. M : On fait confiance à l’enfant, on ne le brusque pas dans son rythme d’apprentissage. L’enfant doit apprendre par lui-même. L’enfant a besoin de s’exercer pour apprendre, de faire des fautes, de faire des expériences. L’enfant a un besoin fondamental et impérieux de manipuler. C’est un touche-à-tout. Aujourd’hui, avec les neurosciences, on se rend compte à quel point la manipulation, le toucher sont primordiaux pour la construction de l’intelligence. C’est une révélation du « maître intérieur ». Montessori l’a très bien observé et traduit dans sa méthode. A. : J’ai été très étonnée de constater dans le film que l’enfant est capable de se concentrer plus longtemps que l’on pense : par exemple de découper une feuille vingt minutes d’affilée. Cela remet en cause ce que l’on pratique à l’école maternelle en changeant d’activité toutes les dix minutes ! [caption id="attachment_6237" align="alignright" width="189"]Pour que l’enfant se concentre, il faut que le milieu soit propice à cela et qu’il réponde à un besoin. Pour que l’enfant se concentre, il faut que le milieu soit
propice à cela et qu’il réponde à un besoin.[/caption] A.M. : C’est une aberration et la science l’a démontré. Une des grandes découvertes de Montessori a été la capacité de concentration chez l’enfant alors que le début du XXe siècle prétendait le contraire. Dans l’un de ses livres, elle a cité l’exemple d’une petite fille totalement absorbée par un jeu de cylindres. Elle a voulu tester sa concentration. Les enfants se sont mis à danser autour d’elle et elle a continué à se concentrer sur son activité. Elle l’a fait plus de quarante fois. Pour que l’enfant se concentre, il faut que le milieu soit propice à cela et qu’il réponde à un besoin. Plus l’enfant va se concentrer, plus il va se développer. C’est ainsi que la classe de Christian Maréchal fonctionne. Les enfants ont la possibilité de se concentrer et quand ils sont concentrés, ils n’embêtent pas les autres. La concentration crée l’harmonie sociale. Dans le film, il y a peu de bruit. Les enfants chuchotent ou parlent à voix basse. Cela doit contribuer à une bonne concentration. Quand il y a trop de bruit, Christian dit aux enfants « écoutez » et le bruit cesse. A. : Qu’avez-vous voulu montrer dans ce film ? A.M :   J’ai voulu montrer la puissance et la magie de la pédagogie Montessori dans le développement des enfants. Dans le film, au début, Charlie n’arrive pas à se concentrer, à lire certaines lettres, et semble toujours agitée. À la fin, elle montre elle-même le matériel aux autres. Alix pleure beaucoup devant la fenêtre, n’arrive pas à travailler, et petit à petit, elle s’y met. En filmant ce qui se passait dans la classe, je voulais découvrir s’il y avait une véritable coïncidence avec la pédagogie Montessori (que j’avais moi-même étudié en me formant) et je voulais découvrir comment l’enfant évoluait dans cet environnement particulier. A : Christian Maréchal applique-t-il complètement la pédagogie Montessori ? [caption id="attachment_6238" align="aligncenter" width="491"]Christian Maréchal, éducateur de la Classe Montessori à Roubaix, objet du film. Christian Maréchal, éducateur de la Classe Montessori à Roubaix, objet du film.[/caption] A.M : C’est très compliqué d’être à la hauteur des enfants et de la pédagogie Montessori. Christian Maréchal applique la pédagogie avec ses propres limites. Il a des petits défauts dont il est bien conscient et il a une certaine humilité. Il est conscient qu’il a toujours un travail à faire sur lui pour bien comprendre la méthode, pour être au plus proche du besoin des enfants. Au moment du montage du film je lui ai montré une scène où il s’est rendu compte qu’il n’aurait pas dû intervenir. A. : Comment l’éducateur sait à quel moment il doit intervenir ? A.M. : Dans la pédagogie Montessori, il est difficile de savoir à quel moment intervenir. L’enfant qui est dans sa liberté, en train de faire quelque chose, de se concentrer, faut-il le laisser faire ou intervenir ? Montessori attache beaucoup d’importance au respect de l’enfant, à sa concentration, à sa liberté de mouvement, au fait de ne pas l’interrompre quand il travaille, et en toute chose, d'intervenir le moins possible. Mais Christian dit qu’on a toujours une deuxième chance avec les enfants. L’enfant ne sera pas traumatisé parce qu’on a rompu sa concentration. La limite est d’être toujours attentif au respect de l’enfant. Dans la première scène du film, quand je laisse ma fille monter toute seule sur l’escabeau, c’est que j’ai senti qu’elle était prête et je n’avais pas envie de la réprimer dans son besoin. A. : Quel a été l’impact du film sur vous-même ? A.M. : Ce film a été un grand moment de joie. Je me suis délecté en filmant les enfants en train de faire des choses spectaculaires, sans être forcés, et par plaisir. Cela a été une révélation de découvrir ce potentiel humain produit par la magie de cette pédagogie. Cette pédagogie présente également une puissance de proposition, une intelligence dans la présentation de la grammaire, des mathématiques. C’est une expérience unique pour les enfants. J’ai été très profondément touché et cela a même influé sur ma façon de me comporter avec mes enfants. Par exemple, je m’efforce toujours de laisser les enfants agir par eux-mêmes, de leur parler avec des formulations positives, de leur donner des activités qui ne soient pas trop simples, ni trop compliquées afin que cela représente un défi pour eux, enfin, et c’est fort difficile, d’être patient. Je crois qu’au-delà de ces aspects pratiques, j’ai pris goût à l’observation des activités spontanées des enfants. A. : Qu’avez-vous découvert sur l’enfant à travers ce film ? A.M. : J’ai beaucoup observé la posture de Christian et la posture montessorienne. J’essaie de m’en approcher le plus possible. Toutes les intuitions que j’avais sur l’autonomie, sur le fait de vivre des expériences ont été renforcées par le film. Quand je vois un enfant, je me demande toujours ce qu’il travaille, dans son élan de construction. Je suis ainsi devenu plus modeste car comme le dit Maria Montessori, l’enfant peut faire plus pour nous que nous pour lui. A. : Quel message auriez-vous à transmettre aux lecteurs qui liront votre interview ? A.M. : Soyons bienveillants avec les enfants. Pas seulement en étant gentils avec eux, mais en leur proposant ce dont ils ont besoin. Ayons confiance en eux de façon inconditionnelle dans le fait de les laisser expérimenter, de les laisser prendre des risques. Prenons sur nous de les laisser faire car l'enfant, toute sa vie, va dépendre de la façon dont il est capable d’agir en toute autonomie. Nous devons combattre nos démons intérieurs, renoncer à l'envie si forte de transmettre, de donner, pour laisser une place plus importante au « maître intérieur » de l’enfant. (1) Pédiatre hongroise (1902-1984) qui a observé la découverte libre de la motricité par l’enfant : un enfant qui se déplace librement sans restriction est beaucoup plus prudent, apprend à gérer ses activités, tomber sans risque, alors qu’un enfant surprotégé, limité dans ses mouvements et se met plus facilement en danger. (2) Écoles Steiner ou pédagogie-Steiner-Waldorf : écoles fondées par l’anthroposophe croate (de l’empire d’Autriche) Rudolf Steiner (1861-1925), proposant une pédagogie alternative et globale intégrant des disciplines intellectuelles, artistiques mais également physiques, manuelles et sociales (3) Célestin Freinet, pédagogue français (1896-1966) a développé avec sa femme Élise et en collaboration avec des instituteurs toute une série de techniques pédagogiques basée sur l’expression libre des enfants : texte libre, dessin libre, correspondance interscolaire, imprimerie et journal scolaire, enquêtes, réunion de coopérative… Il concevait l’éducation comme un moyen de progrès et d’émancipation politique et civique (4) Maria Montessori, médecin-psychiatre, anthropologue et pédagogue italienne (1870-1952). Lire l’article sur Le Maître est l’enfant de Marie-Agnès Lambert dans la revue Acropolis de septembre 2017 (n°288) (5) Auteur et pédagogue français (1812-1880), instituteur des enfants porteurs de déficience à l’hôpital de Bicêtre de 1840 à 1843. Il élabora, perfectionna et formalisa la méthode « médico-pédagogique ». Il créa en 1840 la première école privée pour les déficients intellectuels. Décrié en France, surnommé « instituteur des idiots » il émigra aux États-Unis où il devint médecin en 1861. Il créa des écoles pour le traitement de la déficience intellectuelle, avec des méthodes basées sur le développement de l’autonomie et de l’indépendance, en combinant différentes tâches physiques et intellectuelles. Il créa des objets, notamment des formes encastrables dont Maria Montessori s’inspira pour créer un environnement d’objets [caption id="attachment_6239" align="alignleft" width="174"]Film "Le Maître est l'enfant" Film "Le Maître est l'enfant"[/caption] Le maître est l’enfant Film documentaire : 1h 40 Distribué par Dans le sens de la vie Film soutenu par l’association Montessori France et le Mouvement Colibris DVD en vente : 25 € sur le site du film www.montessori-lefilm.org Facebook : montessori.Lefilm Chaîne you tube : https://www.youtube.com/c/MontessoriLefilm

Satish Kumar

Activiste, écologiste, universitaire, humaniste, visionnaire, Satish Kumar est l’auteur de You are, Therefore I am (Tu es donc je suis), dans le quel il prône l’interaction entre les êtres et leur milieu. Une authentique déclaration de dépendance qui lie l’homme à ses rencontres, ses influences, ses racines, son environnement.

Pablo Servigne et Raphael Stevens, auteur de Comment tout peut s'effondrer
Pablo SERVIGNE et Raphaël STEVENS

«Notre société meurt, cela veut dire qu’elle est en train de renaître. La mort seule n’a pas de sens. On est dans la mort-renaissance, et notre livre parle de cette renaissance, explicitement et implicitement entre les lignes.»

Sylvie Kienast
Sylvie Kienast

Dans son dernier livre, Sylvie Kienast, écrivain, aborde avec une grande sensibilité un moment d’histoire que son grand-père et son père ont vécu, l’un en dirigeant un camp de prisonniers, l’autre, en tant que prisonnier dans le même camp.

Portrait de Jean Staune
Jean Staune

Jean Staune est philosophe des sciences, écrivain et fondateur de l’Université interdisciplinaire de Paris. A l'occasion de la sortie de son dernier livre «Les clés du futur, réinventer ensemble la société, l’économie et la science», Olivier Larrègle l’a rencontré et interrogé pour la revue Acropolis.

Rupert Sheldrake
Les champs morphogénétiques, une théorie hérétique ?

Biologiste et écrivain anglais, Rupert Sheldrake a développé le concept de «résonance morphique», en s’appuyant sur les champs morphogénétiques. Ses travaux très controversés bousculent les théories officielles scientifiques mécanistes.

Luc Bige
Luc Bigé, la quête héroïque pour notre temps

Comment retrouver la dimension héroïque aujourd'hui ? Luc Bigé nous livre quelques clés

Luc Bige, astrologue et écrivain
Luc Bigé

Dans son dernier livre, Vers un modèle astrologique de l’Histoire, Luc Bigé, docteur en biochimie, écrivain, philosophe et astrologue, propose l’ébauche d’un modèle astrologique de l’Histoire dans lequel une structure cyclique définit le temps de construction, de déconstruction et de renaissance des empires, des nations et des idéologies, en s’aidant des planètes représentant des archétypes.

TRINH XUAN Thuan
Trinh Xuan Thuan

Je ressens une connexion profonde à l’univers. En l’observant, je suis sans cesse émerveillé par sa beauté et son harmonie.

Bertrand VERGELY

Initiation au voyage intérieur, le défi d’aujourd’hui

Gilbert Durand

On ne peut pas, par une simple négation, supprimer cette pesanteur pulsionnelle.

Bruno Quenioux

Il existe un rapport particulier qui lie l’homme au vin. Le vin délivre un message invisible, celui de l’amour divin éternel et du divin miracle de la vie.

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